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Alice dans les livres
La petite Alice vit dans une chambre d’hôpital depuis de longs mois, clouée au lit par une maladie longue, douloureuse, une Louve affamée qui lui prend ses forces, son sang, son souffle. Chaque jour son père, Samuel, vient à son chevet et lui lit inlassablement les aventures d’une autre petite Alice, une petite fille blonde et curieuse qui vit au Pays des Merveilles.
Au fil des jours, des heures, les deux Alice se croisent, se fuient et se rencontrent au Pays des Merveilles, au Pays des Souffrances. La blonde Alice décide de quitter son Livre pour partir à la rencontre de sa petite sœur malade, et d’aller de livres en livres découvrir des mots qui pour elle n’ont aucun sens : « mal », « tuer », « mourir », « vivre ». Au fil des pages, elle va rencontrer la peur, la souffrance, la mort, toujours guidée par le Lapin Blanc, et son périple vers la mort la conduira jusqu’au chevet de la petite Alice hospitalisée.
« Quelle drôle d’idée, Alice, de vouloir quitter le pays des Merveilles pour aider une petite fille à l’hôpital ! Croyez-vous qu’il soit possible à un livre de sauver une fillette de la souffrance et de la mort ? »
Voici un roman bien surprenant pour l’auteur (ou plutôt compilateur) célébré des fameuses Brèves de Comptoir, recueil de ces mille et une petites phrases surprenantes, cocasses voir franchement désopilantes que l’on entend résonner le long des bars en zinc des cafés français.
Ici nous sommes loin de cette gouaille humoristique, et Jean-Marie Gourio signe avec ce livre une sorte de long poème fantastique et vibrant d’amour pour la vie, pour les livres, pour que les derniers aident la première à s’épanouir et aussi à s’éteindre.
Laissant la parole à la veilleuse bleutée de la chambre d’hôpital, à la pâquerette qui se fane lentement sur la table de chevet aseptisée, au Lapin Blanc qui n’en finit pas de courir et au père qui regarde lentement s’éteindre la lumière dans les yeux de son enfant, ce texte tantôt fluide, tantôt heurté, chargé de métaphores et de tendresse nous entraîne dans un univers mi-réel mi-rêvé, et aborde avec émotion et une immense compassion le sujet si délicat de la mort d’un enfant.