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L’incroyable destin d’Harold Crick
Harold Crick est un inspecteur des impôts dont la vie est réglée au nombre de coups de brosse à dents près. Il connaît par exemple par cœur le nombre de pas qui séparent sa porte d’entrée de l’arrêt de bus le plus proche. Son quotidien monotone est seulement ponctué par les micro-événements de son lieu de travail. Un jour, sans raison particulière, il commence à entendre une voix intérieure, qui n’est autre que la voix de la narratrice de son existence. Stupéfait, Harold enquête et découvre qu’il est le héros d’un roman, condamné à mourir à la fin de l’ouvrage. Déstabilisé par la découverte de sa mortalité imminente, il commence à faire des choses auxquelles il n’est pas habitué. De fil en aiguille, il finit par avoir une vie intéressante, qu’il se refuse à abandonner. Il se met en quête de l’auteur de son existence pour négocier un délai.
A travers cet étrange destin, c’est de la condition humaine que le film parle. Et surtout de l’attitude de l’Homme face à elle : Harold se découvre mortel, et comme n’importe qui à ce moment là, il cherche à donner un sens à une existence jusqu’alors insignifiante. Il le trouve dans la recherche du bonheur, mais sa mortalité le rattrape, puisqu’elle est inexorable.
Tout se joue alors dans la recherche de son créateur. Il le trouve en consultant une sorte de gourou de la littérature, et découvre rapidement que son existence n’aura de sens réel - c’est à dire de valeur exemplaire - que s’il accepte sa mortalité. Harold renonce donc à négocier du temps de vie supplémentaire, et consent donc au sacrifice, conscient maintenant de l’importance de son existence.
C’est donc à une histoire imprégnée des valeurs de la morale chrétienne que nous assistons, même s’il n’est jamais iconiquement fait allusion à une quelconque religion dans tout le film. L’étrange destin d’Harold était donc de représenter l’humain dans toutes ses carences, mais aussi dans sa capacité à se sublimer. Il est voué à chercher à sauver ses semblables en devenant un exemple, et à travers cet acte à se sauver lui-même.
Marc Forster a la délicatesse de ne pas marteler l’esprit du spectateur avec des convictions religieuses, et nous livre l’air de rien une jolie réflexion existentielle sous l’apparence d’une comédie. La parabole religieuse ne prend de sens que dans la mesure où Harold ne parvient pas, sans se trouver un créateur, à trouver une signification à son existence. Par certains côtés d’ailleurs, la quête du personnage fait penser à celle des répliquants en cavale dans Blade Runner (Ridley Scott, 1982). Servie par des acteurs au diapason, et notamment un Will Ferrell très sobre, à des années-lumière de ses personnages baroques habituels, l’étrange destin de Harold Crick mérite mieux que l’indifférence polie qui lui avait été réservée à sa sortie.
Une critique dans Ecran Large