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Les brigades du Tigre

Jerome Cornuau
TF1 vidéo

15/01/2008



La stratégie promotionnelle du film faisait un peu peur, avec notamment l’emblème du film, cette tête de tigre en métal, crinière au vent. On sentait venir le film concept, façon Independance day et son « ID4 », ou du Le guide du voyageur galactique et son « H2G2 ». D’autant que Jérôme Cornuau n’avait aucun bon film à son actif jusqu’à présent.

Mais l’exception confirme la règle, et avec ce dernier film, le réalisateur a enfanté une petite perle. Contre toute attente, il nous a livré un opus extrêmement sobre, dont la mise en scène s’efface intelligemment derrière le scénario, et dont l’interprétation, délivrée par un casting hétéroclite, est solide à tous les niveaux.

La première moitié des Brigades du Tigre est une prouesse scénaristique. Plus que celui de la reconstitution historique, le scénariste a fait le choix, indiscutablement intelligent, de retranscrire sous forme de condensé la situation historico-politique du début du XXe siècle. Les progrès technologiques s’accélèrent, et certaines nouveautés majeures pointent le bout de leur nez, comme l’automobile, les pistolets automatiques. La police de l’époque commence à s’adapter à une nouvelle forme de criminalité organisée, en se structurant elle-même en brigades. Il y a des tensions politiques. Les accords financiers, les alliances internationales comme la triple entente sont en cours de négociation.

Dans ce contexte agité qui mènera inexorablement à l’éclatement de la première guerre mondiale naît la fameuse Brigade du Tigre, dont on voit les premiers membres se faire recruter par le personnage de Clovis Cornillac. Alors que l’équipe se constitue et commence à s’entraîner, le contexte social et politique est brossé avec la même agilité scénaristique que celle déployée par Steven Zaillan et Jay Cocks dans Gangs of New York de Martin Scorsese en 2002. Un savant mélange entre la petite histoire et la grande, qui mixe en les romançant la chasse de la Bande à Bonnot à la corruption liée aux emprunts Russes, tout en développant des intrigues secondaires racontant les histoires personnelles de chaque personnage.

Le pivot dramatique central marque, et c’est dommage, la fin de cet impressionnant foisonnement d’informations. Mais il le fait de manière magistrale, puisqu’il met en abyme le principe du film : mélanger la réalité historique et la fiction pour en démultiplier la puissance dramatique. Cornuau met ainsi en scène une reconstitution de l’arrestation-exécution de la bande à Bonnot, se basant entièrement sur la bande d’actualités filmée à l’époque par un opérateur. Or, dans la fiction, un caméraman filme également l’événement, qui se trouve diffusé dans la séquence suivante au grand public, comme l’avait été la bande d’actualités de l’époque. Lorsqu’on regarde le film original (que l’on peut trouver dans La grande aventure de la presse filmée), on peut vite constater que Jérôme Cornuau a brodé autour de l’événement réel pour en tirer une histoire dramatiquement viable, sans avoir besoin de s’éloigner radicalement de son matériau de départ.

Après ce climax un peu prématuré, le film met une bonne dizaine de minutes à remettre sa narration sur les rails. La fin reste intéressante, mais une fois que tous les enjeux ont étés posés, l’histoire n’a plus qu’à filer droit, ce qu’elle fait, sans plus jamais en dévier. Malgré tout, le visionnage des Brigades du tigre survit facilement à une fin assez conventionnelle grâce à un premier acte étourdissant de maîtrise.

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