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l’Egypte, une passion lyonnaise et dauphinoise
21/06/2012
Une nouvelle fois, le Musée des beaux-arts de Lyon nous convie à un voyage dans l’Egypte antique. Après l’exposition consacrée au site de Coptos en l’an 2000, puis la présentation du fonds de l’Institut d’égyptologie Victor Loret en 2007, nous voici sur les traces de l’industriel visionnaire Emile Guimet et de ses collections. Une belle occasion de mettre en lumière les liens anciens et toujours bien vivants qui unissent Lyon et sa région à la terre des pharaons.


Sommaire

1. Dans les pas d’Emile Guimet

2. Des égyptologues et des collections

3. D’autres voyageurs intrépides

4. La diffusion du savoir : quelques repères

5. Champollion, l’Egypte et le Dauphiné

6. Des traces égyptiennes dans la région

Pour en savoir plus :

1. Dans les pas d’Emile Guimet

Doc : E. Guimet déchiffrant, 54.5 ko, 134x150

E. Guimet déchiffrant une inscription

(JPEG, 54.5 ko)

Jusqu’au 2 juillet 2012, le Musée des beaux-arts fait revivre la collection d’antiquités égyptiennes d’Emile Guimet (1836-1918) : d’émouvantes momies, des sarcophages, papyrus, vases canopes, amulettes, stèles, statues dont celles de petits serviteurs funéraires ou oushebtis, en faïence bleu brillant.... On peut admirer environ 350 pièces provenant notamment du Louvre, parmi lesquelles trône la déesse Isis qui a inspiré l’affiche de l’exposition.
Le nom de Guimet résonne familièrement à Lyon à cause du musée éponyme, près du parc de la Tête d’Or. Il évoque en même temps le prestigieux Musée national d’arts asiatiques à Paris. Pourtant, le personnage lui-même reste peu connu. Il est né à Lyon, d’une mère artiste peintre et d’un père industriel qui a fait fortune en inventant le fameux outremer artificiel, le « bleu Guimet » destiné, entre autres, à blanchir le linge. A 24 ans, il lui succède à la tête de l’entreprise de Fleurieu-sur-Saône et devient même, ultérieurement, président de la future société Péchiney. Ses moyens financiers lui permettent de réaliser ses rêves.
C’est au cours d’un voyage touristique en Egypte en 1865, à l’âge de 29 ans, que s’éveille la passion de collectionneur d’Emile Guimet. Sa quête d’antiquités et son attirance pour les religions orientales le conduisent à parcourir le monde jusqu’au Japon, en Chine et en Inde. Sa collection d’art égyptien s’étoffe peu à peu. Les objets s’accumulent dans la maison familiale : « un jour, j’achetai une momie : quelle joie ! Puis une autre. Pour gagner mon lit j’étais obligé d’enjamber les cadavres. Je changeai de chambre. »

Doc : Musée Guimet de Lyon, 16.5 ko, 150x147

Musée Guimet de Lyon

(Ville de Lyon)

(JPEG, 16.5 ko)


Aussi, manquant de place et désireux de transmettre sa passion, décide-t-il de fonder un musée à Lyon. Il est inauguré en 1879 par Jules Ferry, ministre de l’Instruction publique. Mais, déçu par la fréquentation, il donne en 1882 ses collections à l’Etat et fait construire à Paris, quartier du Trocadéro, un bâtiment à l’identique. Il ouvre en 1892 et Guimet devient directeur à vie d’un musée national qui porte son nom. Un second voyage en Egypte, en 1895, lui permet d’augmenter sa collection de pièces achetées chez des antiquaires ou auprès d’archéologues. Edouard Herriot, plus sensibilisé à l’art, lui propose de recréer un musée à Lyon. C’est chose faite en 1913. Malheureusement, Emile Guimet meurt en 1918. Les collections d’art égyptien du site parisien sont transférées au Louvre en 1948. Quant à la galerie égyptienne du musée lyonnais, elle rejoint le Musée des beaux-arts en 1969, d’où cette exposition qui rassemble des objets au parcours mouvementé.
Emile Guimet a non seulement créé des collections d’art importantes et ouvert deux musées. Il a aussi subventionné des missions en Egypte et noué des liens fructueux avec des archéologues réputés.

2. Des égyptologues et des collections


Parmi les campagnes archéologiques soutenues par Emile Guimet, il faut signaler celle du site d’Antinoé, la ville fondée par l’empereur romain Hadrien au IIe sècle, sur la rive orientale du Nil. Les objets découverts par l’archéologue Albert Gayet alimentent plusieurs institutions dont le Musée Guimet. Elles contribuent à sa renommée en France et dans le monde.
En 1910, l’industriel lyonnais participe aussi au financement des fouilles de Coptos, une ville située non loin de Karnak et Louxor et qui a été un grand centre religieux et commercial dans l’Antiquité. Les égyptologues Adolphe Reinach et Raymond Weill trouvent des milliers d’objets. Une partie rejoint le Musée du Caire, l’autre, le Musée Guimet de Lyon.

Doc : Coptos, 25.6 ko, 140x150

Coptos

(JPEG, 25.6 ko)


D’autres chercheurs ont apporté leur contribution à l’enrichissement des collections lyonnaises et à la connaissance de l’Egypte antique comme par exemple Victor Loret (1859-1946), maître de conférences à Lyon. Nommé directeur général des antiquités égyptiennes au Caire, il a découvert notamment la tombe de Thoutmosis III, dans la Vallée des rois. Précurseur des études sur la faune et la flore, il a tenté aussi de reconstituer le kyphi, parfum sacré des anciens Egyptiens. L’Institut d’égyptologie de l’Université Lyon 2 (qui porte son nom) a transféré entre 1988 et 2001 une grande part de ses collections au Musée des beaux-arts.
Cette institution abrite aujourd’hui l’une des 2 galeries égyptiennes de Lyon avec ses 9 salles ouvertes au public. Elle est l’une des plus importantes de France. C’est grâce à la personnalité du premier conservateur en 1801, François Artaud, que l’élan a été donné. Outre les collections d’Emile Guimet et de l’Université Lyon 2, de nombreux dons ont enrichi l’ensemble. Comme par exemple, les portes du temple de Médamoud, un des points d’attraction, que réussit à faire venir à Lyon, l’archéologue Alexandre Varille.

Le Musée des Confluences constitue l’autre lieu important pour les antiquités égyptiennes. Les collections sont dues surtout à Louis Lortet, directeur du Museum de 1870 à 1909, Ernest Chantre, sous-directeur de 1879 à 1909 et Claude Gaillard préparateur et directeur à partir de 1909. Emile Guimet lui-même a joué un rôle important ainsi que Victor Loret et Gaston Maspero. Grâce à eux, le Musée des Confluences qui doit ouvrir ses portes en 2014, possède le plus important ensemble d’Europe de momies animales. Il conserve aussi, entre autres, de précieuses pièces prédynastiques comme les statuettes des deux « Hommes barbus ».

Doc : Résille de perles (...), 11.8 ko, 113x150

Résille de perles avec amulettes

(JPEG, 11.8 ko)


A côté de ces grandes collections, d’autres institutions lyonnaises possèdent un fonds égyptien. Le Musée des tissus recèle des textiles d’une grande valeur patrimoniale comme par exemple des tissus coptes d’Antinoé. Le Musée Testut Latarget d’anatomie et d’histoire naturelle médicale conserve des momies.

3. D’autres voyageurs intrépides

A côté des archéologues et égyptologues, d’autres Lyonnais ont fait le voyage du Rhône au Nil depuis le 17e siècle. C’était alors une véritable aventure. L’un des premiers voyageurs est le magistrat Balthazar de Monconys en 1646. De son périple, il rapporte quelques souvenirs (une momie, des statuettes, quelques crocodiles et vipères). Ces objets trouvent leur place dans le cabinet de curiosités de sa famille, puis plus tard au Muséum d’histoire naturelle.

Début 18e siècle, un jésuite du Collège de la Trinité, le père Claude Sicard qui a enseigné les « humanités » à Lyon établit en 1717 la première carte scientifique de l’Egypte depuis la Méditerranée jusqu’à Assouan. Ses travaux contribuent à faciliter les voyages.

Doc : Le voyage en Egypte, 15.3 ko, 150x150

Le voyage en Egypte

(JPEG, 15.3 ko)


A la suite de l’expédition de Napoléon en Egypte de 1798 à 1801, de nombreux voyageurs se sont précipités au pied des pyramides ou aux chutes du Nil comme Chateaubriand, Pierre Loti, Rilke. Parmi eux, moins connus, un peu oubliés, quelques lyonnais. Par exemple, Jean-Jacques Ampère, le fils du célèbre physicien. Professeur à la Sorbonne, il reçoit une mission officielle : vérifier sur place, sur les monuments de Nubie, les théories de Champollion. A son retour, il fait paraître : Voyage en Egypte et en Nubie.
Un autre Lyonnais, Joseph Billiet, historien d’art, directeur des Beaux-arts sous la IVe République, fait le voyage et publie en 1911 un récit très littéraire : « Visages d’Egypte ».

La Bibliothèque municipale de Lyon possède une édition originale de l’œuvre monumentale réalisée par les savants accompagnant Napoléon : Description de l’Egypte ou Recueil des observations et des recherches qui ont été faites en Egypte pendant l’expédition de l’armée française. Certains sont originaires de la région Rhône-Alpes comme le chimiste Claude-Louis Berthollet ou le minéralogiste Déodat-Guy de Dolomieu. En septembre 1999, une exposition « Voyage savant en Egypte » a évoqué cette grande aventure.

L’un des personnages les plus étonnants qui soient partis en Egypte au 19e siècle est sans doute Joseph-Anthelme Sève, alias Soliman-Pacha. Né à Lyon en 1788 dans un milieu modeste, il a connu sur la terre des pharaons un destin grandiose. En 1819, il est engagé par le vice-roi d’Egypte, Méhémet-Ali avec d’autres officiers pour réorganiser ses troupes. Il devient généralissime de l’armée égyptienne, prend le nom de Soliman et reçoit le titre honorifique de Pacha. Il met aussi en œuvre de grandes réformes. Il meurt au Caire en 1860. Son arrière-petite-fille devint reine d’Egypte et donna naissance au roi Farouk 1er. Soliman Pacha fait partie des personnages historiques de l’Egypte. A Lyon, un buste à la Préfecture et une petite rue rappellent son souvenir.

4. La diffusion du savoir : quelques repères

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La déesse Maât

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Lyon possède une chaire d’égyptologie (la première en province) depuis la fin du 19e siècle. Cette discipline a véritablement pris son envol en France à la suite, entre autres, de l’expédition de Bonaparte et de la découverte de Champollion. C’est en effet le 26 avril 1879 qu’Eugène Lefébure prononçe à la Faculté des Lettres de Lyon son discours d’inauguration des conférences : L’Egypte ancienne. Victor Loret lui succéde et forme de nombreux égyptologues réputés comme Pierre Montet, le découvreur de la nécropole royale de Tanis, dans le delta du Nil. Aujourd’hui, l’Institut d’égyptologie (Maison de l’Orient, Université Lyon 2) continue de former des spécialistes de ce domaine. Il a donné naissance en 1987 au Cercle lyonnais d’égyptologie Victor Loret qui œuvre pour la promotion de l’égyptologie, propose des conférences et publie la revue Kyphi.

Le Musée des Confluences / Muséum d’histoire naturelle, pour sa part, publie des Cahiers scientifiques, reflets de ses travaux. Il s’inscrit dans la continuité de l’action d’Emile Guimet qui publia deux revues. Parmi les études scientifiques menées en égyptologie, l’une d’elle a eu un grand retentissement. Il s’agit, en 1986, de l’autopsie d’une momie vieille de 2300 ans, propriété du Muséum. Cette expérience unique conduite par une équipe pluridisciplinaire (égyptologues, historiens, chirurgiens, cinéastes) a permis de mieux connaître en particulier les secrets de l’embaumement. La momie a été surnommée « l’égyptien de Lyon ».

5. Champollion, l’Egypte et le Dauphiné

Doc : Champollion, 48.7 ko, 106x150

Champollion

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Comment ne pas évoquer Jean-François Champollion (1790-1832), le célèbre déchiffreur de hiéroglyphes qui a vécu non loin de la région lyonnaise une bonne partie de sa vie ? Bien que né à Figeac dans le Lot et mort à Paris, c’est en effet à Grenoble qu’il commence l’étude des langues anciennes et prend goût à l’Egypte. C’est là aussi que son talent s’épanouit avec l’aide de son frère qui le soutiendra toujours. Pendant plus de 10 ans, il exerce la profession d’enseignant à la Faculté de lettres et de bibliothécaire adjoint. Il travaille notamment sur le fonds égyptien du cabinet des antiques de la Bibliothèque municipale. En même temps, il étudie l’écriture égyptienne et met au point une grammaire et un dictionnaire coptes.
Mais c’est à Paris où il s’installe en 1821 qu’il se consacre exclusivement à ses recherches et finit par percer le secret des hiéroglyphes en 1822, avec l’aide en particulier de la pierre de Rosette. Dès lors, il poursuit une brillante (et trop brève) carrière qui l’emmène de l’Italie au Louvre en passant par l’Egypte.

Doc : Hiéroglyphe, 20.3 ko, 150x112

Hiéroglyphe

(Gnu free doc. license)

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Les souvenirs du grand égyptologue sont nombreux dans le Dauphiné, avec notamment la maison familiale de Vif transformée en Musée Champollion. Bientôt ouverte au public, cette demeure rassemble des archives et la bibliothèque des deux frères ainsi que de nombreux objets personnels.
L’Association dauphinoise d’égyptologie Champollion assure la promotion de l’Egypte ancienne. Elle organise par exemple chaque année une fête de l’égyptologie. Ateliers hiéroglyphes, conférences, jeux éducatifs pour enfants, films documentaires figurent au programme de celle de 2012.
En septembre 2004, s’est tenu à Grenoble la 9e édition du Congrès international d’égyptologie. Il a rassemblé plus de 500 spécialistes venus du monde entier. Une exposition au Musée dauphinois accompagnait cette manifestation : Trésors d’Egypte. La cachette de Karnak.
En 1977, le laboratoire grenoblois ARC-Nucléart, spécialisé dans la sauvegarde d’objets archéologiques, a reçu et traité un invité de marque : la momie de Ramsés II.
Le Musée de Grenoble conserve un important fonds d’antiquités égyptiennes dont de beaux sarcophages.

6. Des traces d’Egypte dans la région

Un parcours dans Lyon (avec l’aide d’un  article de Jean-Pierre Farel paru dans "Kyphi") nous conduit au cimetière de Loyasse où l’on dénombre plusieurs obélisques et pyramides parmi les monuments funéraires ainsi que des « temples égyptiens ». Il passe aussi place Sathonay avec les fontaines aux deux lions couchés sculptés par François Lemot. Il s’agit d’une imitation de lions égyptiens dits de Nectanebo. La promenade peut se poursuivre place Ampère près du monument commémoratif dédié au grand physicien et orné de deux sphinges couleur bronze vert, oeuvre de Charles Breton. Elle marque un arrêt devant le mur peint symbolisant l’Egypte, au sein du Musée urbain Tony Garnier...
En dehors de Lyon, continuons le périple dans le Dauphiné, jusqu’à Vienne, pour découvrir la pyramide, monument historique qui orne la place Fernand-Point. Et, si nous avons le temps, partons saluer le sphinx qui garde la cour et les secrets du château de la Bastie-d’Urfé dans la Loire.

Doc : Mur peint : l’Eg, 65.8 ko, 101x150

Mur peint : l’Egypte / A. Salam Eïd

(phot. R. Dejean)
BML

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7. Pour en savoir plus :

-  Un jour, j’achetai une momie : Emile Guimet et l’Egypte antique, sous la direction de Geneviève Galliano, Hazan
-  Les voies d’Osiris en Ré, par Jean-Claude Goyon, EMCC
-  L’Egypte au Musée des Confluences : de la palette à fard au sarcophage, par Deirdre Emmons, Merel Eyckerman, Jean-Claude Goyon, Silvana Editoriale, Musée des Confluences
-  Les réserves de Pharaon, par Marc Gabolde et Catherine Grataloup, Musée des beaux-arts
-  Coptos : l’Egypte antique aux portes du désert, Réunion des musées nationaux ; Musée des beaux-arts
-  L’Egypte antique à travers la collection de l’Institut Victor Loret de Lyon par Jean-Claude Goyon, Somogy
-  Soliman-Pacha, colonel Sève par Aimé Vingtrinier, Firmin Didot
-  Champollion : du Dauphiné à l’Egypte, par Anne Cayol-Gerin, Le Dauphiné
-  L’égyptologie et les Champollion : colloque international... Hommage de Grenoble aux frères Champollion, Presses universitaires de Grenoble



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