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L’alimentation-santé : progrès ou dérives ?

Lancée le 11 octobre 1994, l’étude SU.VI.MAX (SUpplémentation VItaminique et Minérale en AntioXydant) constitue l’une des plus grandes études épidémiologiques jamais réalisée dans le monde, dans le domaine de la prévention nutritionnelle et de la santé publique. Elle réunit actuellement en France treize mille volontaires âgés de 35 à 60 ans. Son but est de tester l’impact de vitamines et de minéraux anti-oxydant à dose nutritionnelle sur la prévention des cancers et des maladies cardiovasculaires. Les conclusions de cette étude n’ont été rendues qu’à son terme en 2002. SU.VI.MAX constitue dès à présent une précieuse source d’informations sur la consommation alimentaire et l’état de santé des Français. SU.VI.MAX est coordonnée par l’Institut Scientifique et Technique de la Nutrition -et de l’Alimentation (ISTNA). La leçon à tirer de l’étude SUVIMAX est claire. Comme l’a montré l’expérience menée sur les femmes, on ne peut compter entièrement sur les suppléments antioxydants pour réduire les risques de cancer. Une alimentation variée, riche en fruits et légumes est le meilleur moyen de prévention. En revanche, comme il a été observé chez les hommes, ceux qui consomment le moins d’antioxydants dans leur alimentation en ont le plus besoin et peuvent redresser leur équilibre en prenant des suppléments. Ces antioxydants en plus pourraient être pris dans des aliments naturels : par exemple 60g de carottes râpées (beta-carotène) et un kiwi ou une orange (vitamine C), équivalent à la dose prescrite dans SUVIMAX.
(Source : EUFIC Conseil européen de l’information sur l’alimentation)
Vous trouverez les résultats de cette étude ICI.
Aujourd’hui 2 Français sur 3 déclarent choisir leurs aliments avec un objectif de santé. Marginal il y a 10 ans, le secteur des aliments santé est devenu le moteur de la croissance des ventes de produits alimentaires : plus d’1 produit sur 2 revendique aujourd’hui un bienfait quelconque, contre 1 sur 3 en 1998. Probiotiques, oméga 3, phytostérols, fibres... Autant de mots magiques qui font augmenter les prix et brouillent l’esprit des consommateurs. Mais que valent ces promesses, véhiculées par des allégations plus époustouflantes et fantaisistes les unes que les autres : "réduit le cholestérol", "renforce les os", "aide à voir la vie du bon côté", "protège le cœur"... ?
Probiotiques et santé
Nous ingérons chaque jour un grand nombre de bactéries vivantes. Parfois celles-ci ont une présence fortuite dans nos aliments, comme dans les légumes, les fruits frais ou même certaines eaux en bouteilles. Pour d’autres aliments, les bactéries sont introduites volontairement et interviennent dans la transformation du produit : saucisson, fromages et laits fermentés. Les plus importantes consommations de bactéries proviennent des yaourts et laits fermentés ; leur nombre est de l’ordre de 100 millions de bactéries/gramme et la consommation quotidienne dépasse souvent les 200 grammes. Depuis plus d’une dizaine d’années, de nouvelles bactéries, appelées probiotiques, ont été introduites dans ces produits. Elles en modifient le goût ou la texture mais surtout elles sont choisies pour induire des effets bénéfiques sur la santé humaine. Les produits contenant des probiotiques pourraient jouer un rôle positif à prendre en compte. Les probiotiques sont des micro-organismes vivants (le plus souvent des bactéries) qui, lorsqu’ils sont ingérés en quantité suffisante, exercent un effet positif sur la santé au delà des effets nutritionnels traditionnels.
Le yaourt nature, premier probiotique
Le yaourt est obtenu par la fermentation du lait, à l’aide de deux bactéries, Lactobacillus bulgaricus et Streptococcus thermophilus. Les deux bactéries se retrouvent vivantes dans le yaourt. L’appellation yaourt ou yoghourt est réservée aux produits issus de ces deux ferments lactiques. Si d’autres ferments sont utilisés, à la place ou en complément (Lactobacillus casei par ex.), le produit est simplement baptisé "lait fermenté". Il a été démontré que la consommation de yaourt améliore la digestion du lactose et élimine les symptômes de l’intolérance au lactose. Ces qualités font du yaourt classique un probiotique.
Quelques effets bénéfiques chez l’homme de probiotiques alimentaires
Des essais cliniques chez l’homme ont récemment apporté des arguments solides suggérant que des probiotiques pourraient, dans un avenir proche, occuper une place dans le traitement de certaines situations cliniques des Maladies Inflammatoires Chroniques Intestinales, notamment la prévention des rechutes. De nombreux essais thérapeutiques sont actuellement en cours et des données s’accumulent qui permettront de mieux comprendre les mécanismes d’action des probiotiques et l’interface entre bactéries et cellules humaines au centre de la physiopathologie de ces maladies. Cependant, la distinction doit être faite entre ce qu’on peut attendre d’un médicament et d’un aliment. Ainsi, un aliment qui réduit légèrement un risque ne doit par être confondu avec un médicament qui soigne un dysfonctionnement.
(Source : INRA Institut national de la recherche agronomique)
Un équilibre essentiel, mais très compromis : les omégas 3 et 6
Jusqu’en 1920 environ, la fabrication des huiles de consommation se faisait à petite échelle. Les huiles étaient pressées à froid et on se les procurait en petites quantités, car elles ne se conservaient pas longtemps. En effet, les acides gras oméga-3 rancissent rapidement lorsqu’ils sont exposés à l’oxygène et à la lumière. Les impératifs de la production alimentaire de masse ont donc poussé l’industrie à privilégier les huiles les plus stables, et, par le fait même, les moins riches en oméga-3, et à les raffiner... avec beaucoup de raffinement, diminuant encore un peu plus leur teneur en oméga-3. De plus, tandis que la consommation de poisson a diminué, celle des produits transformés riches en oméga-6 a augmenté. La mise au point de techniques intensives d’agriculture et d’élevage a également mené à la réduction de la teneur en oméga-3 de nombreux aliments comme les légumes verts à feuilles, les viandes, les œufs et même les poissons. Résultat : on estime en général que le rapport oméga-6/oméga-3 dans l’alimentation occidentale est de 10/1 à 30/1, tandis qu’il devrait idéalement se situer entre 1/1 et 4/1. En outre, cet excès d’oméga-6 nuit à l’utilisation optimale des oméga-3 par l’organisme. En effet, afin d’être métabolisés, les oméga-3 et les oméga-6 entrent en compétition pour plusieurs enzymes et, dans une moindre mesure, pour plusieurs vitamines (vitamines B3, B6, C, E) et minéraux (magnésium et zinc). Un excès d’oméga-6 dans l’assiette empêche donc l’organisme d’exploiter adéquatement ses sources d’oméga-3. Ce déséquilibre induit, entre autres, un état physiologique propice aux maladies cardiovasculaires ainsi qu’aux troubles allergiques et inflammatoires. Pour couronner le tout, si une maladie nuit au métabolisme des acides gras, le problème s’accentue. Le diabète ainsi que l’excès d’alcool, de tabac ou de stress peuvent entraîner une difficulté ou une incapacité à transformer l’AAL en AEP. Selon plusieurs experts, un retour à une alimentation fournissant un rapport adéquat d’oméga-6 et d’oméga-3 aurait un impact positif sur la santé cardiovasculaire des populations occidentales et réduirait aussi les maladies inflammatoires. (Source : Passeport de santé)
Pour aller plus loin :

les oméga 3 au menu, par Anne Dufour, Leduc.S éd.
la vérité sur les étiquettes alimentaires, par Laurence Wittner, éd.Thierry Souccar

À l’automne 2006, le ministère de la santé a lancé son second Programme national nutrition santé (PNNS). L’un des objectifs est de réduire la proportion de français qui ne mangent pas suffisamment de fruits et légumes. Un signe des temps. Aujourd’hui, fruits et légumes font l’objet d’une promotion soutenue mettant en avant leurs bienfaits pour la santé. Dans ces conditions, il est difficile d’imaginer que les diététiciens ont un jour craché dans la soupe. Pourtant dans la deuxième moitié du XIXe siècle, un courant de dénigrement des fruits et légumes se développe. Une méfiance préexiste alors à leur égard : les populations les suspectent, sans doute à raison, de jouer un rôle dans les diarrhées récurrentes qui les affectent. Ils sont également associés au choléra. En plus de cette mauvaise réputation, l’essor de l’étude scientifique de l’alimentation va leur nuire gravement. Les scientifiques ont alors identifié les trois nutriments principaux des aliments : les albumines, les graisses et les hydrates de carbone (aujourd’hui protides, lipides, glucides). Ils ont aussi découvert que les aliments fournissent de l’énergie, mesurable en calories. Ainsi, les légumes, fruits, aromates et épices ne firent pas le poids. Ces études concluent qu’ils sont inutiles puisqu’ils ne présentent aucun intérêt nutritionnel et énergétique. A Paris, en 1900 la part du budget alimentaire consacrée aux végétaux est à peine supérieure à 5%. Mais l’on identifie en 1920 quelque chose d’autre dans les aliments, inconnu alors mais essentiel à la vie : les vitamines. Le manger devient petit à petit un nouvel impératif diététique et redonne leur importance aux fruits et légumes.
Le Programme National Nutrition Santé a pour objectif général d’améliorer l’état de santé de l’ensemble de la population en agissant sur l’un de ses déterminants majeurs qu’est la nutrition. La population doit pouvoir bénéficier d’actions concrètes et visibles permettant, en améliorant l’état nutritionnel, de réduire le risque de maladies et d’optimiser l’état de santé et la qualité de vie, à tous les âges de la vie. Les mesures et actions développées dans le cadre du PNNS s’appuient sur certaines règles : Le choix alimentaire individuel est un acte libre. Outre sa vocation biologique, l’acte alimentaire a une forte charge culturelle, sociale, affective ; c’est, en France, un moment de plaisir revendiqué. Le PNNS prend en compte la triple dimension biologique, symbolique et sociale de l’acte alimentaire. Le choix d’aliments et de plats, comme le comportement alimentaire global, doivent être éclairés par une information scientifiquement valide, compréhensible, et indépendante. Les actions mises en oeuvre par le PNNS ont comme finalité de promouvoir, dans l’alimentation, les facteurs de protection et de réduire l’exposition aux facteurs de risque vis-à-vis des maladies chroniques et, au niveau des groupes à risque, de diminuer l’exposition aux problèmes spécifiques.
Le PNNS prend en compte tant la composante apports nutritionnels que la composante dépense, en particulier la dépense énergétique liée à l’activité physique, afin de maintenir un équilibre entre les deux. Globalement toute action visant la consommation alimentaire humaine en général est orientée par les objectifs nutritionnels prioritaires. Aucune des actions prévues et mises en place, si elle vise un objectif particulier parmi les objectifs prioritaires, ne doit aller à l’encontre d’un autre de ces objectifs.
Vous trouverez le guide pratique pour tous "La santé vient en mangeant" ICI.
Face au groupe de pression des industries laitières, avec de très grandes marques et entreprises en tête, il vous est rappelé que le lait et les produits en découlant sont vitaux pour votre santé. Or l’intolérance au lactose existe bien. En fait, le lait comporte bien des côtés bénéfiques, mais il ne faut pas en abuser. À l’échelle mondiale, plus des ¾ de la population mondiale tolèrent mal le lait, et plus précisément le lactose. Pour digérer ce sucre, nous avons besoin de la lactase, une enzyme, qui le découpe en plus petits morceaux. Les nourrissons en possèdent en grande quantité. Mais au fil des années, l’organisme en dispose de moins en moins. En France, 20% à 40% des personnes présenteraient un déficit en lactase. Mais toutes ne sont pas « intolérantes ». Cette intolérance ne nécessite pas la suppression du lait ou des produits laitiers. S’il est avéré que le lait est bon pour l’ostéoporose, il peut provoquer de l’hypertension, ou favoriser le cancer colorectal. Quoi qu’il en soit, le lait peut être une source très intéressante de calcium et reste un aliment très équilibré (en le consommant demi écrémé). Les recommandations actuelles préconisent 3 portions par jour, en favorisant la variété. Ces 3 portions constituent un repère et non un diktat. En manger mois n’est pas forcément une catastrophe. En manger plus n’a aucun intérêt démontré.
Pour aller plus loin :

Qui a peur du grand méchant lait, par Taty, éd.Aladdin
Lait, mensonges et propagande, par Thierry Souccar, éd.Thierry Souccar


La santé 100% nature, par Anne Dufour, Leduc.S éd. 

Dictature des régimes, attention !, par Gérard Apfeldorfer et Jean-Philippe Zermati, éd.Odile Jacob
Ces plantes que l’on mange, par Jean-Marie Pelt, éd.Chêne


Anticancer ; prévenir et lutter grâce à nos défenses naturelles, par David Servan-Schreiber, éd.Robert Laffont L’alimentation est au cœur des débats sur l’environnement, le développement, le commerce international et la mondialisation. Mais peut-on changer le monde par ses choix alimentaires ? L’idée est attrayante, mais lutter contre le réchauffement de la planète, promouvoir le développement et réformer du commerce mondial passe avant tout par des choix politiques difficiles. L’action politique traditionnelle, c’est peut-être moins drôle que faire ses courses, mais cela a bien plus de chances d’influer sur le cours de choses.
Tout choix alimentaire suppose des arbitrages. Même si l’agriculture bio consomme effectivement un peu moins d’énergie et pollue un peu moins, il ne faut pas perdre de vue que ses rendements sont moindres et qu’elle nécessite davantage de surfaces cultivées. Le commerce équitable peut aider certains agriculteurs pauvres, mais aussi en pénaliser d’autres. Et, même si les circuits courts réduisent les émissions liées au transport, ils réduisent aussi les possibilités de développement économique. On peut voir dans ces trois modalités d’achat une façon de protester contre les grands groupes, mais ceux-ci vendent déjà des produits bio et issus du commerce équitable, et la recherche de fournisseurs locaux, associée à la logistique efficace des supermarchés, pourrait être, en définitive, la manière la plus écologique de transporter les aliments.
Par ailleurs, selon WWF, le quart de la nourriture que nous achetons atterrirait à la poubelle ! Arrêter cette énorme déperdition, en gérant mieux ses achats et son alimentation, permettrait à chaque consommateur de réduire son empreinte écologique de 8%. La première association pour le maintien d’une agriculture paysanne (AMAP) a été créée en 2001. Objectif : regrouper des consommateurs autour des maraîchers locaux, afin de les aider à maintenir leur activité dans les zones périurbaines, où elle est menacée de disparition. Chaque semaine, l’agriculteur fournit « un panier » de quelques kilos de légumes (cultivés en respectant l’environnement) à ses clients de proximité, qui s’engagent à acheter sa production à l’année. Les AMAP connaissent un succès important. On compte actuellement 500 dans de nombreuses villes de France. Il existe d’autres initiatives proches.
Voir aussi :
Le site Aprifel pour, entre autre, familiariser sa consommation avec le rythme des saisons
Le cycle de conférences proposé par l’Université ouverte de Lyon : Vivre pour manger ou manger pour vivre

Le monde n’est pas une marchandise : des paysans contre la malbouffe, par José Bové, éd.La Découverte Août 1999... 

Supersize me, par Norman Spurlock, éd.Diaphana