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Escherichia coli, bactérie amie ou ennemie ?
10/06/2009
Ignorées jusqu’au XVIIe siècle, tenues pour responsables des maladies au XIXe, robots vivants du XXIe siècle, les bactéries, micro-organismes unicellulaires, colonisent notre corps dès la naissance. Escherichia Coli est le procaryote probablement le mieux connu aujourd’hui. Mais E. coli n’est pas qu’une bête de laboratoire, elle est aussi versatile. Certaines souches sont offensives, d’autres pathogènes. Chacun de nous en porte cent mille milliards dans l’intestin (80 % de la flore intestinale) et mille milliards sur la peau ; soit 10% du poids du corps. Ces bactéries sont à la fois utiles et dangereuses pour les humains.


 L'essentiel pour comprendre :

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Escherichia Coli

-  Escherichia Coli ou "colibacille" est une bactérie intestinale des mammifères très commune chez l’homme . Découverte en 1885 par Théodore Escherich, c’est un coliforme fécal généralement commensal, non pathogène, vivant sur la peau et les muqueuses sans nuire à l’hôte qui l’ héberge. Plus de 95 % des souches de E. coli ne sont pas dangereuses et nous en avons besoin pour vivre.

Cette bactérie peut devenir pathogène si les défenses de l’hôte se trouvent affaiblies ou si elle acquiert des facteurs de virulence particuliers. Chaque année, une souche de cette bactérie (Escherichia coli entéro-toxigéniques ou ETEC) infecte 200 millions de personnes et entraine le décès de 380.000 personnes, la plupart dans les pays en voie de développement.

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Souche 0157 :H7


-  Le pouvoir pathogène d’Escherichia Coli a évolué depuis plusieurs décennies. Repérée pour la première fois en 1982 aux Etats-Unis lors d’une série d’intoxications alimentaires sévères, l’infection par la bactérie Escherichia coli 0157 :H7 avait alors été surnommée la Maladie du Hamburger ou "syndrome du barbecue" ou "maladie du radis".

Les souches enterohemorragiques (ECEH) peuvent être à l’origine de toxi-infections alimentaires (TIA) graves. Les infections dont elles sont responsables sont devenues plus variées dans leurs localisations et leurs manifestations. Elles jouent maintenant un rôle majeur dans les infections nosocomiales et dans les pathologies infectieuses (infections urinaires, infections intestinales, infections néonatales). E. coli est à ce titre une espèce modèle pour étudier le continuum entre bactéries commensales et bactéries pathogènes.

-    Biologie et génétique d’Escherichia Coli Richard d’ARI, Guennadi SEZONOV, Belin 2008

La bactérie Escherichia coli est un véritable pilier de la biologie. Elle fut au cœur des expériences pionnières des années 1950-1970 qui ont posé les fondements de la génétique bactérienne et de la biologie moléculaire, et qui ont permis la mise au point des premiers outils de clonage. Depuis, E. coli est resté un modèle de choix pour disséquer de nombreux processus biologiques essentiels, allant de la recombinaison génétique à la chimiotaxie en passant par la régulation métabolique et la réparation de l’ADN. Cet ouvrage présente une sélection des grandes questions de la biologie où les travaux réalisés avec E. coli se sont avérés généralisables à bien d’autres organismes. Il offre ainsi un panorama scientifique et historique des principales connaissances qui, depuis plus de cinquante ans, ont été produites grâce à cet organisme. Ce livre constitue une précieuse ressource pour tous les étudiants, chercheurs ou enseignants-chercheurs en microbiologie et en génétique.

De l’Adn au diner

-  Selon une étude parue dans le Journal of Bacteriology de juin 2006 lorsque les bactéries Escherichia coli se mettent à table, c’est pour manger... de l’ADN ! Et elles en sont si friandes qu’elle peuvent même faire de l’ADN extracellulaire leur unique source de carbone et d’énergie ! Les chercheurs ont trouvé huit gènes chez les bactéries Escherichia coli qui leur permettent de consommer sans risque de l’ADN extracellulaire. L’étude de ces gènes pourrait trouver de nombreuses applications en médecine et en matière d’antibiotiques. Les chercheurs imaginent déjà pouvoir traiter par ce biais la fibrose kystique - une maladie génétique caractérisée par une viscosité anormale des sécrétions muqueuses.

Le monde des bactéries est encore plus cruel qu’on ne le pensait

-  Les chercheurs de l’INRA de Toulouse, en collaboration avec les universités allemandes de Würzburg et de Göttingen et l’Institut Pasteur à Paris, ont montré pour la première fois que des E. coli commensales et des E. coli pathogènes produisent une substance toxique pour l’ADN des cellules eucaryotes : la colibactine. Les bactéries produisant cette toxine induisent des cassures dans l’ADN des cellules hôtes et perturbent le cycle cellulaire. En l’absence de réparation, ces cassures pourraient produire un taux élevé de mutations, causes principales de l’initiation des cancers chez l’homme. Le détail de ces travaux est publié dans le numéro du 11 août 2006 de la revue Science

E.Coli et la médecine

-  Soigner la dégénerescence maculaire

La dégénerescence maculaire liée à l’âge toucherait en France près d’un million de personnes. Le ranibizumab est produit dans les cellules d’E.Coli par la technologie de l’ADN recombinant. Le site de Singapour est spécialisé dans la culture d’Escherichia Coli, destinée à produire le lucentis (ranibizumab)

-  Découverte sur une protéine membranaire bactérienne, une piste pour de nouveaux antibiotiques Le Dr. Che Alex MA et ses collègues du Centre de recherche en génomique de l’Academia Sinica ont publié un modèle complet de la structure de la protéine membranaire fixant la pénicilline (PBP1b) qui réside à la surface de la bactérie Escherichia coli. Cette structure détaillée d’un élément clé des membranes bactériennes pourrait ouvrir la voie au développement de nouvelles classes d’antibiotiques.

Toutefois les goélands, oiseaux abondant sur le littoral méditerranéen (notamment en Camargue), sont porteurs de taux élevés de bactéries humaines antibiorésistantes de type Escherichia coli. Selon les chercheurs, l’émergence de ces bactéries résistantes aux antibiotiques représente un enjeu majeur de santé public.

E.Coli : une source d’énergie ?

-  Des chercheurs américains ont mis au point une version synthétique de la bactérie intestinale très commune, Escherichia coli (E. coli), qui pourrait servir à produire des biocarburants de meilleure qualité, selon une étude publiée lundi 8 décembre 2008 dans Proceedings of the National Academy of Sciences. En modifiant la structure génétique basique d’ E.coli, ils ont pu stimuler la bactérie et lui faire produire des alcools à longue chaîne d’atomes de carbone, produisant plus de biocarburant que ceux qui se trouvent dans la nature. « Les alcools à longue chaîne ont plusieurs avantages » déclare James Liao de l’Université de los Angeles Californie (UCLA). « Ils stockent plus d’énergie par galion, ne corrodent pas le moteur et sont plus compatibles avec le kérosène. un article récent Nouvel observateur février 2010

-  Du traitement de l’allergie à l’arachide à la réalisation de cellules mémoire, du Voyage dans l’espace à l’exploration de la biodiversité génétique du sol, cette bactérie, rouage central de la construction de la nouvelle biologie moléculaire, reste encore de nos jours l’organisme modèle .


 D'autres perspectives :

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Le Pommier

-    Les bactéries sont-elles nos ennemies ?, De John HERRICK, Le Pommier

Propose un voyage à l’intérieur de notre corps, à la rencontre des hôtes microscopiques qui le peuplent : pourquoi certaines bactéries sont-elles dangereuses alors que d’autres sont bénéfiques (le microbiome) ? Comment les bactéries utiles nous aident-elles ?





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Albin Michel

-    Le grand roman des bacteries, Martine CASTELLO, Albin Michel

A l’origine de la vie, les bactéries sont partout et en chacun de nous. Cet ouvrage présente la saga des bactéries et nous montre comment ces êtres minuscules pourraient nous aider à résoudre nos problèmes d’environnement, à fabriquer de nouveaux médicaments, etc.



-  Un système de surveillance internationale de la bactérie E.Coli
Depuis 25 ans, le laboratoire Escherichia coli, fondé par le professeur John Fairbrother, de la Faculté de médecine vétérinaire (Montréal), étudie les infections par E. coli, les diagnostique et élabore des stratégies de prévention. En mai 2006, le laboratoire recevait un agrément de l’Organisation mondiale de la santé animale en tant que centre de référence dans la recherche sur E. coli.



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