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 Kapo
Gillo Pontecorvo
(Carlotta films)

5/09/2006 Illustration du document présenté

En 1959, Gillo Pontecorvo réalise Kapo : le premier film de fiction sur les camps de concentration tourné en Europe de l’Ouest. Gillo Pontecorvo est un communiste notoire, ex-journaliste, ancien assistant de Joris Ivens et d’Yves Allégret. Il est également le réalisateur de la  Bataille d’Alger,  Queimada et de nombreux documentaires.
Pour Kapo, il travaille sur le scénario avec Franco Solinas, scénariste italien hautement politisé qui collabora entre autres avec Francesco Rosi, Roberto Rossellini, Joseph Losey, Costa-Gavras...
Leur but : réaliser une oeuvre dans la lignée de ce que Primo Levi fit avec  Si c’est un homme.

En 1961, lors de la sortie du film en France, Jacques Rivette, dans un article intitulé : "De l’abjection" (  Les Cahiers du cinéma, n° 120, 1961) inflige une leçon de morale cinématographique au réalisateur italien : "l’homme qui décide, à ce moment, de faire un travelling avant pour recadrer le cadavre en contre-plongée, [...] cet homme n’a droit qu’au plus profond mépris".

En 1992, Serge Daney dans un article intitulé "Le travelling de Kapo" (  Trafic n° 4, 1992), reprenant l’idée godardienne selon laquelle un travelling est affaire de morale, fait de l’article de Rivette un des fondements de sa pensée cinéphilique.

En 2006, Kapo sort en DVD : il n’était jamais sorti en VHS.

Regarder ce film aujourd’hui, c’est affronter deux maîtres de la critique, c’est essayer également de comprendre l’une des idées fondatrices de la cinéphilie à la française qui porte sur : "la modernité du cinéma, née du désastre des camps et fondée tant sur la fin de l’innocence de l’époque classique que sur l’exigence d’une certaine morale de la mise en scène" (Jacques Mandelbaum in : Le Monde, 4 août 2006). C’est nous permettre également de nous faire une idée sur cette récurrente question éthique de la représentation de la Shoah au cinéma.

Regarder ce film qui est devenu une œuvre symbole, c’est aussi attendre ce fameux "recadrage artistique", qui est somme toute assez léger. Et si certains films se réduisent à une réplique, Kapo semble ainsi se réduire à un seul plan...

Enfin, regarder ce film honni depuis tant de temps (en France), c’est constater qu’il pèche surtout par son improbable histoire d’amour, le réalisateur (et son scénariste) semblant hésiter entre mélo et réalisme documentaire.

Deux bonus inclus dans le DVD reviennent sur la "polémique" pour un essai de réhabilitation, avec un documentaire sur la réception du film en France, et une interview de Rony Brauman.

Un extrait de l’article de Jacques Rivette





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