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 Mangez baroque et restez mince
Philippe Beaussant
(Actes Sud)

11/07/2006 Illustration du document présenté

« Les sons et les bons mets parfument l’air du soir »... ainsi Philippe Beaussant pastiche-t-il Beaudelaire dans le préambule de son désormais fameux livre de recettes « baroques ». Pour expliquer comment il est entré dans le langage métaphorique, afin de mieux exprimer ses émotions et ses goûts musicaux, il commence donc par une « petite dissertation où l’on verra que la gourmandise des mots répond à la succulence des sons, et que c’est la preuve métaphysique que la langue n’a pas été pour rien désignée du nom de langue. » Autrement dit : il s’agit de montrer les correspondances entre la musique - baroque, en l’occurrence - et les saveurs, entre les plaisirs de l’écoute et la jouissance du palais, pour une joie décuplée.

Philippe Beaussant en vient à révéler une réalité réjouissante : les musiciens sont gourmands. Mais les effluves de leur art culinaire se répandent de façon infiniment plus discrète que ne résonnent les beaux sons qu’ils produisent. C’est pourquoi Philippe Beaussant s’est livré, pendant plusieurs années, à une enquête passionnée sur ce que concoctent, dans leur cuisine, les baroqueux.

Comment présenter tous ces mets ? Comment dresser une table des matières dans cet univers ? Philippe Beaussant a « préféré prendre le mot ordre comme l’entend François Couperin, c’est-à-dire un désordre organisé. » C’est ainsi qu’après avoir proposé ses propres recettes puis celles préparées dans la famille Couperin, il agence savamment celles des baroqueux. A noter que Philippe Beaussant a l’extrême bon goût de joindre aux musiciens d’autres artistes tels que le concepteur de décors et de costumes Thierry Bosquet, le metteur en scène Philippe Lénaël, ou la chorégraphe Marie-Geneviève Massé - car la musique baroque, ça se mange, mais ça se danse, avant tout.

Tout au long de son ouvrage, Philippe Beaussant accommode son discours avec une sensualité irrésistible et parfois hardie (on sort souvent de la cuisine pour se retrouver dans la chambre à coucher...) ; il déploie une érudition truculente et joyeuse, mêlant références non seulement musicales, bien sûr, mais aussi historiques, linguistiques, littéraires, cinématographiques..., et plus intimes. Philippe Beaussant s’adresse directement aux lecteurs avec la même convivialité que celle qui anime ses émissions quotidiennes sur France Musique cet été.

D’un point de vue très pragmatique, Philippe Beaussant a l’art de nous émoustiller tout en servant d’astucieux conseils pour réaliser les recettes. Par ailleurs, il fait bien entendu un sort aux boissons, aux vins en particulier : il a pu trouver des crus portant les noms de divers compositeurs de la périodique baroque. Et, au fil des recettes, il distille ses conseils de fin buveur.

Dans le chapitre « Dégustez du Couperin maison », Philippe Beaussant transcrit, transpose, en plats des pièces extraites des différents Ordres pour clavecin de Couperin. Aux lecteurs-gourmets de composer dès lors des menus qui seront autant de suites à faire entendre pendant la dégustation des mets.

 Dans un ouvrage précédent, Philippe Beaussant avait déjà recours au langage métaphorique pour parler de musique ; là, c’est l’analogie avec les couleurs qui est développée (même si l’auteur avait déjà alors fait sentir "la force en tanins des cromornes" ou "l’acidité des nasards").

Rendez-vous tous les jours à midi sur France Musique pour écouter la savoureuse émission de Philippe Beaussant "L’appétit vient en écoutant" !

Le maître d’oeuvre explique : Chacun sait que les musiciens sont des gourmands. Et les auditeurs ? Je fais le pari qu’ils le sont aussi, et pour la même raison : entre l’oreille et la langue, il y a des relations secrètes, pour ne pas dire lourdes. Ce sujet me hante depuis des années. Je vais tenter chaque jour de cet été, de midi à une heure, d’en apporter la preuve. J’énoncerai à l’heure de la préparation des repas, et en temps réel, quelques recettes, avec la musique ad hoc et, pour le plaisir, un peu de littérature. (...)

Si vous n’avez pas la possibilité de suivre les émissions en direct, allez les écouter sur le site de France Musique.





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