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Musiques et déserts
29/01/2016
Le mot "désert" désigne aujourd’hui une zone stérile ou peu propice à la vie, en raison du sol impropre, ou de la faiblesse des précipitations. Un paysage désertique se reconnaît à son aspect dénudé sur de vastes surfaces, sans présence humaine réellement importante.


Espace inhospitalier, inhumain, hostile, le désert pourtant attire, fascine, révèle. L’ascète s’y cherche, l’artiste s’en inspire, y trace sa piste. Nous vous proposons cette brève méharée thématique en quelques stations (arbitraires) à travers époques et genres musicaux.

Quelques oeuvres du répertoire classique

(par ordre chronologique)

-  L’oratorio de Carl Philipp Emanuel Bach Die Israeliten in der Wüste (Les Israélites dans le désert -1769), inspiré de l’Ancien Testament, dépeint les tribulations et les espoirs du peuple hébreu en exil.

-  L’ode symphonique orientalisante pour récitant, ténor, chœur d’hommes et orchestre Le Désert a été composée par le français Félicien David en 1844 suite à un voyage en Egypte (un périple recommandé par les adeptes de la doctrine saint-simonienne à laquelle adhérait David.) Voici un extrait de la version intégrale (avec récitant) :

-  Le poème symphonique d’Alexandre Borodine, dédié à Liszt, Dans les steppes de l’Asie centrale (1880) se veut ouvertement musique à programme . Les principaux éléments descriptifs en sont :

• le son tenu dans l’aigu (thème du désert)

• les contretemps aux cordes en pizzicato (pas des chevaux et des chameaux)

• le thème du chant russe (évoquant les soldats russes)

• le thème oriental (évoquant la caravane)

-  Giacomo Puccini met en scène dans Manon Lescaut, drame lyrique en quatre actes (1892) les amours tumultueuses de Manon Lescaut et du Chevalier Des Grieux dans la France du XVIIIème siècle. Le penchant de Manon pour le luxe et la richesse la mène en prison. Elle est finalement déportée à la Nouvelle-Orléans où sa vie agitée connaît une fin tragique. A l’acte IV le couple amoureux doit fuir et se perd dans un désert, loin de la Nouvelle Orléans.

-  Déserts, pour orchestre et bandes magnétiques est une œuvre de musique électronique d’Edgar Varèse composée en 1954. C’est l’une des toutes premières œuvres du genre mixte. Il aurait choisi le nom sibyllin de "déserts" car c’est un "mot magique qui suggère des correspondances à l’infini". « Je voudrais faire quelque chose qui donne l’impression du Désert de Gobi » aurait-il confié à Henry Miller.

-  Pour The Desert Music, oeuvre symphonique avec choeur, Steve Reich fait appel en 1984 à un orchestre symphonique et un chœur complet. Composé sur des textes du poète américain William Carlos Williams trois années après Tehillim qui fut la première de ses œuvres intégrant des voix, "The Desert Music" est devenu l’une des pièces de Reich les plus jouées et les plus souvent enregistrées.

Portraits de groupes en résistance au désert

Lieu privilégié de combat, de guerrilla, d’embuscades improbables où des ennemis invisibles et omniprésents traquent des proies insaisissables, l’immensité désertique a largement inspiré l’imaginaire fantasmatique cinématographique et musical.

-  Timbuktu . Ce film franco-mauritanien de 2014 réalisé par Abderrahmane Sissako évoque l’occupation de la ville malienne par les islamistes d’Ansar Dine. Dès lors la musique n’y a plus droit de cité... Mais la résistance s’organise ...

-  Lawrence d’Arabie (Lawrence of Arabia) est un film d’aventures historique britannique réalisé par David Lean, sorti en 1962. Il est inspiré de la vie de Thomas Edward Lawrence, dont le rôle est interprété par Peter O’Toole. Pendant la Première Guerre mondiale, l’officier du Royaume-Uni Thomas Edward Lawrence conseille aux Arabes du chérif Fayçal ibn Hussein de se révolter contre les Turcs de l’Empire ottoman et de fonder une nation arabe indépendante moderne. La bande originale est signée Maurice Jarre, qui est par ailleurs l’auteur de la bande-son du Lion du désert, évoquant la résistance armée des bédouins face aux colonisateurs italiens.

-  De la même veine, mais peut-être d’une vision plus romantique et idéalisée The Desert Song, opérette de Sigmund Romberg sur un livret d’Oscar Hammerstein s’inspire du soulèvement en 1925 d’un groupe de marocains s’opposant à l’emprise coloniale française.

Illust : chant du desert, 81.1 ko, 600x600

-  Réalisé en 1939 par William Wellman, le film Beau Geste met en scène trois frères inséparables engagés dans la Légion étrangère. Combats au désert et intrigues romantiques sur une musique signée Alfred Newman.

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Deux mélodies, deux poèmes

-  The desert, mélodie de Louis Emmanuel, sur un poème de J.F. Smith, extrait du récital "The Ballad singer" par le magnifique baryton Gerald Finley .

"Alone in the desert, alone, I’m alone [...]
Oh God ! I am lost in this desolate plain [...]
No stream can I find, the cool waters to sip [...]
No breeze but the Simoom, whose hot kiss is death
Not a speck in the air, save the vulture’s dark wing.
Soon shall I feel his keen beak in my breast.
And the desert’s hot sands prove my last couch of rest "

["Desespérement seul dans ce désert ... perdu, Ô Dieu, au milieu de cette immensité désolée ... pas un ruisseau où me désaltérer ... le baiser brûlant du simoun me sera fatal. L’air est vide, vide si ce n’est l’aile sombre du vautour .. bientôt son bec acéré me déchirera la poitrine et les sables brûlants du désert seront ma dernière demeure."]
(Par bonheur le naufragé du désert est secouru in extremis par un groupe de bédouins)

Le vieux chameau du zoo, extrait des "Chansons du Monsieur bleu" du facétieux Manuel Rosenthal.

Illust : vieux chameau, 677.4 ko, 1000x700

Le vieux chameau du zoo, tout bossu, tout bancal,
Promène tristement sa tête horizontale...
Il cherche vainement quelque fleur tropicale,
Et rêve aux sables d’or de son pays natal !...
Qui lui rendra jamais le paradis d’Allah !
L’ombre des oliviers et le chant du fellah ?...
On lui a tout ravi ; mais il garde en tout cas
L’air de la flûte arabe au son des derboukas...
Et comme un diamant noir de quatre vingt carats
Son oeil reflète encor son lointain Sahara."

Ambiances sonores

-  Desert blues 1 : ambiances du Sahara

Premier volume d’une trilogie ce double cd nous emmène en voyage à travers la riche tradition des bal(l)ades du Sahara, du Sahel et des pays environnants. Largement vocale cette anthologie réunit des voix ensorcelantes : les Sénégalais Baaba Maal et Youssou N’Dour, le malien Ali Farka Touré, qui reçut le Grammy, en compagnie de Ry Cooder, Taj Mahal ainsi que les chanteuses Oumou Sangare, Sali Sidibe, Dimi Mint Abba. De Guinée nous vient Kante Manfila qui accompagna pendant des années Salif Keita. Du Soudan, Abdel Gadir Salim, d’Ethiopie, Aster Aweke et Mahmoud Ahmed qui nous charment avec leurs arrangements inspirés du Soul et du blues ... Une musique touchante, primale, une musique qui, en plein désert, coule de source, rend visite à nos âmes et guérit, comme en sont convaincu les Touaregs.

-  Les voix du désert / Jean-Claude Roché Ce CD nous propose de découvrir quatre longues ambiances sonores toutes particulières du désert du Sahara marocain : un marché aux ânes dans le Tafilalt puis une oasis avec ses jardins et ses palmeraies ; un immense lac temporaire créé par des pluies torrentielles en plein désert et peuplé d’une foule d’oiseaux ; les dunes et étendues de pierres noircies des environs de la vallée du Drâa, avec ses oiseaux, ses dromadaires et une tempête de sable et la forêt d’arganiers aux environs de Taroudant, près d’une source au crépuscule. Le désert dans toute sa majesté, hiératique, millénaire, immuable, à l’oued rien de nouveau ...

-  Les sons secrets de la banquise. Choc thermique et ambiance sonore d’un autre désert.

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