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Tan de repente est un film qui n’aurait jamais dû voir le jour. Et pourtant... Prix du public et prix spécial du jury au festival de Buenos Aires, Léopard d’argent, mention spéciale du jury au festival de Locarno, meilleur film, meilleure actrice au festival de la Havane... C’est en 2002, dans une Argentine à feu et à sang que Diego Lerman réalise ce long métrage inspiré de son court, La Prueba. Auparavant, durant quatre années, le pays subit une récession, la misère est croissante et l’économie est en chute libre. Lerman ne trouve pas un sou pour financer son projet mais sa ténacité et le soutien inconditionnel de l’équipe sont à toute épreuve. Tandis que le pays sombre dans la grande crise, travellings en noir et blanc granuleux : la caméra file le long des rues et des couloirs de métro de Buenos Aires déserts, Lénine et Mao deux lesbiennes sans toit ni loi, accostent Marcia, jeune provinciale boulotte, vendeuse de petites culottes. Chacune marche, trace, décalée, plus ou moins déterminée, et la caméra file, défile le long des routes, des paysages à la manière de Jarmusch dans Stranger Than Paradise, rythmée par une certitude dont Mao se fait écho, “l’amour n’admet qu’un seul détour : l’action !” Là commence le plaisir cinématographique, sa force et sa grâce, lorsque la forme, les contours de l’œuvre en épousent son discours.