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Une fabrique de couleurs à Lyon au 19e siècle
Une Fabrique de l’innovation : la saga des colorants à Lyon au 19e siècle
28/02/2013

La Bibliothèque municipale de Lyon programme du 5 novembre 2013 au 1er mars 2014 une série d’évènements qui parlent des révolutions industrielles en Rhône-Alpes à travers les domaines des pôles de compétitivité : le textile (Techtera), la chimie (Axelera), la plasturgie (Plastipolis), l’automobile et les transports (Lyon Urban Trucks and Bus), les biotechnologies (Lyonbiopôle), et l’image-cinéma (Imaginove). Expositions et rencontres sont regroupées sous le label Une Fabrique de l’innovation.

Le dernier Mondial des métiers qui s’est déroulé à Eurexpo en février 2013 a présenté, entre autres, un Village de la chimie Rhône-Alpes dans toutes ses composantes. Les 27 et 28 mars 2013, se tient à l’Espace Tête d’Or la convention d’affaires des industries pharmaceutique, chimique et pétrochimique (PCH meetings). Pourquoi ne pas profiter de ces événements pour mettre en lumière quelques précurseurs du 19e siècle comme les inventeurs de nouvelles couleurs ?
Du bleu Guimet à la fuchsine, nombreux sont les coloris créés à cette époque par les chimistes et teinturiers lyonnais pour embellir les soieries (notamment) ou améliorer les procédés existants. Bien que les retombées économiques n’aient pas toujours été à la hauteur des espérances, ces découvertes ont permis à l’industrie textile de prospérer et à la chimie de s’enraciner en terre lyonnaise.



Sommaire

1. Chimistes, teinturiers et soyeux : une aventure commune

2. Une prédilection pour la couleur noire

3. La palette des bleus

-  Le bleu Raymond ou bleu Marie-Louise
-  Le bleu Guimet
-  Autres nuances de bleu

4. Et tout un arc-en-ciel

-  Du jaune d’acide picrique à la pourpre française
-  La fuchsine

5. Les retombées de ces découvertes

-  Les entreprises concernées
-  Quelques perspectives colorées

Pour en savoir plus :

Doc : Echantillons de couleu, 578.7 ko, 111x150

Echantillons de couleurs

(Chimie de la teinture / Sansone)

(JPEG, 578.7 ko)

1. Chimistes, teinturiers et soyeux : une aventure commune

Au 19e siècle, l’important développement de l’industrie textile et en particulier de la soie à Lyon entraîne de nouveaux besoins en matière de teinture. On réclame des couleurs plus diversifiées, plus stables aussi. La teinturerie représente alors la seconde activité de la ville. Pourtant, elle reste méconnue.
Napoléon 1er encourage la Fabrique par des commandes pour ses palais officiels et par la création de prix. Il manifeste de l’attention à la fois pour les métiers à tisser et les teintures. A la suite d’une livraison d’étoffes, il s’aperçut qu’en peu de temps les couleurs avaient passé. Aussi, en 1808, ordonne-t-il la rédaction d’un projet de règlement pour la profession concernée en écrivant à son ministre de l’Intérieur : « portez la plus grande attention sur les teinturiers de Lyon ; vous savez que c’est une grande partie de nos richesses ». La même année, il favorise la création d’une école de chimie à Lyon.
En 1826, l’ouverture de l’école de la Martinière marque une étape importante pour la formation des teinturiers. Elle est au début spécialisée dans 2 domaines : les mathématiques et la chimie appliquée à la teinture de la soie et des textiles. Plusieurs inventeurs lyonnais y ont été formés : Nicolas Guinon, Etienne Marnas, François-Emmanuel Verguin.
Au recensement de 1810, on dénombre une soixantaine de teinturiers en soie et 2 spécialisés dans le coton. Vers 1850, ils sont une centaine, installés non loin du Rhône et surtout de la Saône, le travail exigeant de grandes quantités d’eau. Des plattes (sortes de bateaux-lavoirs) servent au rinçage des flottes (écheveaux) de soie. Ils utilisent aussi les sources des collines de Fourvière et de la Croix-Rousse. Des puits sont même forés aux Brotteaux. Plus tard, avec l’apparition de la machine à vapeur, les écheveaux sont essorés par centrifugation. Dans la 2ème moitié du siècle, les entreprises se regroupent et émigrent vers la Rive gauche (la rue des Teinturiers...), Villeurbanne, et hors de l’agglomération. Elles bénéficient de l’eau de la Rize réputée pour sa qualité. Elles possèdent aussi des laboratoires de recherche. Parmi les grandes maisons, on distingue : Gillet, Guimet, Guinon, Renard, Vulliot-Ancel, Franc et Martelin. Les opérations de teinture des soies naturelles s’avèrent particulièrement complexes et délicates. Pendant une bonne partie du 19e siècle, coexistent à la fois les matières colorantes naturelles et chimiques pour magnifier les tissus.

Doc : Soierie lyonnaise (...), 44.3 ko, 150x98

Soierie lyonnaise : teinture des flottes de soie

(Fonds Sylvestre-BML)

(JPEG, 44.3 ko)

2. Une prédilection pour la couleur noire

Sous le Second Empire en particulier, les soies noires connaissent un grand succès. Elles représentent plus de la moitié des tissus teints. A cette époque, on attache une grande importance au reflet du noir qui est plus ou moins bleu ou marron. Aussi les teinturiers multiplient les essais pour varier les nuances et améliorer la qualité. Ils perfectionnent les procédés de la charge et de l’assouplissage des soies pour en faire un tissu meilleur marché et plus solide. Ils obtiennent de beaux noirs grâce à des bains successifs de tanins végétaux et de sels métalliques. La composition de ces solutions fait de grands progrès à cette époque.
Les pouvoirs publics soutiennent l’innovation. Dès 1805, une récompense est offerte pour l’invention d’un procédé de teinture en noir. Le teinturier André Gonin crée un noir intense à partir du campêche. En 1818, Antoine-François Michel, installé dans le quartier de la Quarantaine, en bord de Saône, remplace la noix de Galle par l’extrait de châtaignier. Son procédé est non seulement plus économique mais il permet aussi de réduire le nombre des bains de mordançage aux sels de fer destinés à fixer la couleur mais qui pouvaient altérer les tissus.
Le plus célèbre de ces « teinturiers en noir » est sans aucun doute François Gillet, né à Bully dans les Monts du Lyonnais. Après quelques années d’apprentissage dans la maison Michel, il ouvre un premier atelier de teinture aux Brotteaux et suit des cours de chimie à la Martinière, puis il s’installe dans les années 1840, quai de Serin en bord de Saône. Là, il met au point un noir profond à partir d’un mélange de sels de fer, de bleu Raymond et de cachou remplacé un peu plus tard par le henné. Cette teinte plaît beaucoup et en particulier au soyeux renommé Claude-Joseph Bonnet qui passe d’importantes commandes. Avec ses équipes, dont certains anciens élèves de la Martinière, il crée une gamme très variée de noirs. Peu à peu, son entreprise prend de l’ampleur. En 1871, François Gillet ouvre 2 autres usines : l’une à Izieux, près de Saint-Chamond à cause des eaux douces du Pilat, l’autre à Vaise pour fabriquer les produits nécessaires à la teinture, sels métalliques et tanins extraits de campêche du Mexique, du quebracho du Brésil et du cachou du Bengale.

3. La palette des bleus

A côté des recherches sur la teinture en noir, de nombreux chimistes se passionnent pour d’autres couleurs afin de répondre aux besoins de la soierie. Il en est ainsi pour les nuances de bleu.

Le bleu Raymond ou bleu Marie-Louise

Illust : Lés de tenture, fond, 199.3 ko, 768x946

Lés de tenture, fond bleu Raymond

(Musée des Tissus, Lyon)

En 1806, par suite du Blocus continental instauré par Napoléon 1er, les teinturiers manquent d’indigo, colorant végétal très utilisé. Aussi, un décret napoléonien propose-t-il un prix de 25 000 francs pour découvrir un bleu capable de remplacer l’indigo pour la teinture de la soie et de la laine. C’est un professeur de chimie de Lyon, Jean-Michel Raymond qui met au point un prussiate de fer (bleu de prusse) baptisé bientôt bleu Marie-Louise en hommage à l’Impératrice. Pour cette innovation importante, il perçoit 8 000 frs. Dans une brochure Description du procédé de M. Raymond, pour teindre la soie... , il décrit son procédé à l’intention des teinturiers qui l’adoptent tout de suite. Des commandes prestigieuses attestent de ce succès comme le paravent en velours de soie qui orne actuellement la Chambre du roi au Louvre. Dans le domaine militaire, les jeunes conscrits des années 1814-1815, les « Marie-Louise », partent combattre, vêtus de draps de laine teints en bleu Raymond. Le seul inconvénient de ce colorant est qu’il a tendance à durcir les soies. J.-M. Raymond ouvre avec son fils une fabrique à Saint-Vallier, dans la Drôme. Là, ils réussissent à appliquer leur bleu à la laine et au coton. Ce colorant est utilisé pendant près de 50 ans avant d’être remplacé par d’autres plus performants. Cependant à Lyon, il reste employé plus longtemps pour la teinture en noir de la soie. On peut en admirer quelques applications dans l’ouvrage L’art de la soie : Prelle

Le bleu Guimet

Illust : Bleu Guimet, 13.4 ko, 231x218

Bleu Guimet

C’est le plus célèbre bleu inventé et fabriqué en région lyonnaise au 19e siècle. En 1824, la Société d’encouragement pour l’industrie nationale offre un prix de six mille francs à qui découvrira un colorant bleu outremer évitant d’utiliser le lapis-lazuli, pierre semi-précieuse importée d’Afghanistan et fort chère. Une compétition s’engage entre chercheurs français, anglais et allemands surtout. Jean-Baptiste Guimet né à Voiron en 1795, polytechnicien et chimiste, décide de relever le défi, encouragé par sa femme artiste peintre. Il parvient à ses fins en 1826 et obtient un outremer artificiel par calcination d’un mélange de soude, de silice, d’alumine, de soufre et de carbonate de chaux. Dès 1827, Ingres l’utilise pour son œuvre « l’Apothéose d’Homère ». En 1828, malgré une vive concurrence, Jean-Baptiste Guimet remporte le prix, ce qui lui apporte très vite une grande célébrité. En 1831, il installe une usine de fabrication à Fleurieu-sur-Saône, au nord de Lyon. Le nouveau colorant trouve ses principales applications dans le domaine des beaux-arts et du blanchiment. De nombreuses récompenses saluent cette découverte.

Autres nuances de bleu

Doc : Bleu lumière sur (...), 594.5 ko, 96x150

Bleu lumière sur soie ou bleu de Lyon

(Matières colorantes artificielles / Wurtz)

(JPEG, 594.5 ko)

En 1840, la fabrique Guinon et Chabaud, installée aux Brotteaux invente un ton particulier appelé bleu Napoléon en hommage à l’Empereur dont on fête le retour des cendres. Il est composé de cyanures de fer et d’étain. 20 ans plus tard, la même entreprise avec d’autres chimistes associés, Marnas et Bonnet trouve une autre nuance, l’azuline pour laquelle un brevet est déposé. Malheureusement, ce colorant présente des difficultés pour la teinture.
L’invention de Jean-Michel Raymond entraîne la création d’autres bleus à base de prussiate comme les bleus de Lyon trouvés par Charles Girard et G. de Laire en 1860. Suivant le mode de fabrication employé, on distingue plusieurs variétés : les bleus directs, les bleus purifiés, les bleus lumière. Leur seul inconvénient est d’être insolubles dans l’eau, ce qui limite leur emploi en teinturerie. M. Nicholson parvient en 1862 à surmonter cette difficulté par la découverte de bleus solubles en traitant le bleu de Lyon par l’acide sulfurique.

4. Et tout un arc-en-ciel

Au milieu du 19e siècle, les changements intervenus dans la mode favorisent la création des colorants artificiels. En effet, on assiste au déclin des tissus façonnés et au succès des soieries unies, notamment avec les amples crinolines. Pour la promotion de ces taffetas, velours, satins, failles, les fabricants souhaitent des coloris plus éclatants. Ils réservent donc un accueil enthousiaste aux découvreurs de nouvelles teintes. Une forte émulation règne parmi les chimistes et teinturiers, y compris avec les Anglais (les deux grands centres de la teinture sont à ce moment là, la France et la Grande-Bretagne). Chaque nouveau colorant possède une durée de vie plus ou moins longue en fonction de ses qualités et de ses défauts.

Du jaune d’acide picrique à la pourpre française

Doc : Coralline rouge, 581.3 ko, 99x150

Coralline rouge

(Matières colorantes artificielles / Wurtz)

(JPEG, 581.3 ko)

En 1847, la région lyonnaise voit naître le premier colorant artificiel dérivé du goudron de houille, le jaune d’acide picrique. C’est le teinturier Nicolas Guinon qui le met au point. Il obtient un colorant jaune, utilisable sans mordant et d’un prix raisonnable. Quelques années plus tard, la fabrication à échelle industrielle commence et en 1851, une pièce de soie jaune est présentée à l’Exposition universelle de Londres. Pour cette innovation et quelques autres, il reçoit la légion d’honneur. Malheureusement la vie de cette couleur s’avère brève (jusque vers 1863) parce qu’insuffisamment stable à la lumière.
En 1856, l’anglais Henry Perkin découvre un second colorant synthétique, un violet d’aniline baptisé mauvéine. Il ne séduit pas beaucoup les teinturiers de son pays, par contre les Lyonnais l’adoptent tout de suite parce qu’il teint bien la soie. Une entreprise installée à la Guillotière, Monnet et Dury le fabrique sur place et le vend sous le nom d’harmaline. C’est ainsi que des soies lyonnaises d’un beau violet pâle sont exportées en Angleterre, ce coloris étant l’un des préférés de la reine Victoria.
A cette époque, cette couleur ainsi que la pourpre sont à la mode. En 1857, le chimiste lyonnais, Etienne Marnas invente la pourpre française, préparée à base d’orseille, matière colorante provenant de différents lichens. Elle permet de développer diverses nuances (pensée, violet, lilas, mauve). Elle rencontre un grand succès, l’Impératrice Eugénie l’apprécie beaucoup. Ce coloris va être fabriqué par la teinturerie Guinon, Marnas et Bonnet environ jusqu’à la fin du siècle.
En 1860, cette entreprise particulièrement créative produit un jaune d’or, l’aurine et les corallines jaune et rouge. Ces colorants ont de l’éclat mais vont être assez vite remplacés par d’autres.
Le vert de Chine introduit en France vers 1850, fait l’objet de grandes recherches de la part de plusieurs chimistes lyonnais. La Chambre de commerce propose une récompense de 6000 francs pour trouver un produit similaire moins cher. C’est Félix Charvin qui remporte le prix mais ce coloris aura une vie brève.
En 1860, les associés Charles Girard et G. de Laire obtiennent le violet impérial « par chauffage de la fuchsine et de l’aniline ».

La fuchsine

Doc : Fuchsine sur soie, 670.6 ko, 100x150

Fuchsine sur soie

(Matières colorantes artificielles / Wurtz)

(JPEG, 670.6 ko)

Avec la mauvéine et le bleu Guimet, c’est l’autre grande découverte de cette période. Il s’agit d’un rouge d’aniline obtenu par le chimiste François-Emmanuel Verguin, un ancien élève de la Martinière. Né en 1814 à Lyon, il est alors contremaître dans l’usine de Louis Raffart au Péage de Roussillon. Il effectue de nombreux essais, bien déterminé à découvrir une nouvelle couleur. Il la trouve enfin ! C’est un beau rouge vif qu’il appelle « magenta » avant d’être nommé « fuchsine ». Il l’obtient en chauffant de l’aniline avec du tétrachlorure d’étain. Il dépose un brevet le 2 février 1858. Son procédé provoque une grande révolution dans l’industrie tinctoriale et remplace peu à peu des matières bien plus coûteuses comme la garance qui colore les pantalons des soldats de l’armée française. Il donne naissance aussi à bien d’autres couleurs. Le chimiste réputé Michel-Eugène Chevreul n’écrit-il pas : « Aucune matière colorante, à ma connaissance n’est comparable à la fuchsine par l’éclat, l’intensité et la pureté de la couleur ».
Verguin, malade et n’ayant pas les moyens d’exploiter son invention à l’échelle industrielle, se décide à la vendre, pour la somme de 100 000 francs seulement, aux teinturiers lyonnais, les frères Renard en 1859. Ils baptisent le nouveau produit fuchsine « à cause de la ressemblance à la couleur de la fleur du fuchsia ». La fabrication de ce nouveau colorant s’avère possible dans la mesure où l’aniline est déjà préparée industriellement à Lyon.

Pour en savoir plus :

-  Considérations sur la teinture des soies en noir, par Antoine-F. Michel, Rey et Sézanne
-  Soie et chimie : le creuset de Jean-Michel Raymond : Lyon entre bleu céleste et bleu royal, par Chantal-Marie Agnès, in Bulletin municipal de Lyon, décembre 2006
-  Jean-Baptiste Guimet, par Jeris Castelbou, in Bulletin-Société des amis de Lyon et de Guignol, février 2010
-  Rive gauche, juin 2012 : le bleu Guimet, par Hubert Guimet
-  Un grand oublié : Emmanuel Verguin, inventeur de la fuchsine, par Anthelme Thibaut, Lyon-Républicain, 1933
-  François-Emmanuel Verguin (1814-1864), le chimiste oublié, par Roger Verguin, in CEGRA-Informations, n°73, 1993
-  Bleus en poudres : de l’art à l’industrie, 5000 ans d’innovations, par François Delamare, Presses de l’Ecole des Mines
-  Histoire vivante des couleurs, par Philip Ball, Hazan

5. Les retombées de ces découvertes

Les entreprises concernées

Lorsque la fuchsine arrive sur le marché, les chimistes et teinturiers lyonnais mesurent vite son importance : son utilisation sans mordant sur les tissus, son fort pouvoir couvrant et la diversité de ses nuances. Aussi espèrent-ils en tirer parti... Seulement les frères Renard, propriétaires du brevet, engagent toute une série de procès pour interdire la fabrication du précieux produit en dehors de leurs ateliers (quai Pierre-Scize). La législation française leur donne raison.
Aussi pour pouvoir continuer leur recherche à partir de cette innovation, plusieurs chimistes lyonnais choisissent de quitter Lyon pour la Suisse où les lois sur les brevets sont plus souples. L’industrie chimique allemande et suisse va ainsi prendre une avance importante par rapport à Lyon vers la fin du 19e siècle. Elle exporte entre autres le colorant rouge vers la France à un prix avantageux.
Les frères Renard, qui ont créé en 1863 la société « La Fuchsine » avec l’aide du Crédit lyonnais, ne parviennent pas à en faire une entreprise rentable et cessent la fabrication en 1868. Ils vendent les brevets et c’est la fin de la fuchsine lyonnaise. Si cet essai de production industrielle se solde par un échec, l’invention de ce colorant constitue « une grande date de l’industrie chimique ».
Une rue dans le 6e arrondissement de Lyon rappelle le nom de son inventeur, François-Emmanuel Verguin (avec une erreur de dates toutefois). En 1958, un hommage lui a été rendu par l’Université de Lyon et les secteurs industriels concernés.

Doc : Plaque rue Verguin, 567.7 ko, 150x112

Plaque rue Verguin

(S. Blanchoz-Rhône)

(JPEG, 567.7 ko)

En revanche, l’autre colorant célèbre, le bleu Guimet a eu plus de chance puisqu’il est fabriqué à Fleurieu-sur-Saône jusqu’en 1967. Le succès est immédiat et pendant longtemps, l’entreprise assure la moitié de la production française. Au départ prévu pour la teinture de la soie, il est utilisé pendant plus d’un siècle dans des secteurs très variés : la peinture, la blanchisserie, la fabrication du papier, l’industrie alimentaire. Il sert à la pigmentation des façades en Scandinavie par exemple. Les blanchisseuses des Monts du Lyonnais et les ménagères emploient pendant longtemps les petites boules bleues au moment du rinçage du linge pour l’azurer.
En 1860, Jean-Baptiste Guimet cède la place à son fils Emile, le créateur des célèbres musées du même nom. Tous deux seront à l’origine de la société Pechiney. En 1962, la société anglaise Reckitt devient actionnaire majoritaire et l’usine de Fleurieu ferme ses portes en 1967. Aujourd’hui, le bleu Guimet est fabriqué à Comines dans le Nord sous la marque « Hollyday Pigments ».

L’entreprise Guinon, fondée en 1831 et qui est à l’origine de la création ou de l’amélioration de nombreux colorants naturels ou artificiels, a été au milieu du 19e siècle la plus importante usine de couleurs de Lyon. En 1867, elle emploie 600 ouvriers, mais vers la fin du siècle elle est absorbée par une société allemande. Quant à l’établissement Monnet et Dury, parti à Genève pour poursuivre la fabrication de substances de synthèse, il revint s’installer à Saint-Fons sous le nom de Gilliard, Monnet et Cartier puis en 1895, il prit le nom de Société chimique des usines du Rhône. Tout en se diversifiant, cette entreprise continua la production de colorants avant de devenir Rhône-Poulenc

La société Gillet symbolise une grande réussite dans le domaine de la chimie. En 1873, elle devient la plus grande entreprise de teinturerie lyonnaise en grande partie grâce à sa capacité à évoluer techniquement et en rachetant d’autres établissements plus modestes. Avec les fils et descendants du fondateur François, elle se diversifie notamment dans les textiles artificiels. Puis elle participe en 1928 à la création de Rhône-Poulenc avec la Société chimique des usines du Rhône. Elle est aussi à l’origine de la célèbre Rhodiaceta...

Doc : Echantillons de couleu, 210.2 ko, 95x150

Echantillons de couleurs, fin 19e siècle

(JPEG, 210.2 ko)

Quelques perspectives colorées

Ces découvertes faites ou apppliquées dans la région lyonnaise au 19e siècle ont permis à la chimie de s’implanter durablement notamment le long de la "Vallée de la chimie". La mauvéine de Perkin et la fuchsine de Verguin en particulier ont été en quelque sorte le point de départ de nombreux colorants de synthèse. Ces inventions ont contribué à ouvrir la voie au développement si important de la chimie organique.
Aujourd’hui, si les entreprises familiales de teinture du 19e siècle ont disparu à la suite de diversification, restructuration ou rachat, une industrie des colorants perdure dans la région. On trouve de grands établissements comme Ciba spécialités chimiques à Saint-Fons, Dupont Powder coating France... L’entreprise Elian installée dans la Plastics Vallée dans l’Ain est même devenue une référence dans le secteur des matières plastiques avec la mise au point de très nombreux coloris chaque année.
Dans le domaine de la teinture de la soie, deux entreprises de la Loire (parmi les dernières en France) se distinguent par leur tradition de qualité. Ce sont Hugo Soie et Teintures et Apprêts du Gand (TAG). Elles travaillent pour les grands soyeux lyonnais et viennent de fusionner pour être plus fortes. Hugo Soie a même été classé « Entreprise patrimoine vivant » grâce au savoir-faire de ses coloristes (L’Essor, 17 août 2012).

Pour en savoir plus :

-  Traité de teinture des soies, par Marius Moyret, H. Stork
-  Progrès de l’industrie des matières colorantes artificielles, par A. Wurtz, Masson
-  Lyon, ville industrielle, par Michel Laferrère, PUF
-  500 années lumière : mémoire industrielle, chapitre : des colorants à la grande chimie organique / M. Laferrère, Plon
-  Les patrons du Second Empire : Lyon et le Lyonnais, par Pierre Cayez et Serge Chassagne, Picard
-  Lyon innove : inventions et brevets dans la soierie lyonnaise aux XVIIIe et XIXe siècles, coordonné par Daisy Bonnard, EMCC
-  Lyon et Napoléon, sous la dir. de Ronald Zins, Faton
-  La dynastie des Gillet : les maîtres de Rhône-Poulenc, par Marcel Peyrenet, Le Sycomore
-  Le site Gillet : de la teinturerie à la soie artificielle, CERPI
-  Persée : portail de revues : les industries chimiques de la région lyonnaise / M. Laferrère



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