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Histoire et Mémoire
Crée le 3/04/2006     Modifié le 23/12/2008

Une vague mémorielle s’est abattue sur la France dans le milieu des années 70, de manière peut-être plus intense que dans le reste du monde, sous l’effet de trois phénomènes principaux : le contrecoup de la crise économique, les retombées de l’après De Gaulle et l’exténuation de l’idée de révolution. On a vu alors naître de puissants mouvements d’émancipation de groupes sociaux, chacun revendiquant sa mémoire et la reconnaissance de cette mémoire par la nation.
Début 2005, l’article 4 de la loi du 23 février 2005 a mis à nouveau le feu aux poudres. Voté, puis déclassé et enfin supprimé, il visait à ce que les programmes scolaires reconnaissent le « rôle positif de la présence française outre-mer ». Les rapports tumultueux entre histoire, mémoire et traduction législative de celles-ci ne se sont pas vraiment apaisés.
En décembre 2007, était nommée une commission de modernisation des commémorations et célébrations publiques ; en mars 2008, une mission d’information sur les lois mémorielles. Toutes deux viennent de rendre leurs conclusions alors que la polémique enfle à nouveau entre historiens à propos d’une décision-cadre européenne.

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Le point de vue des historiens



Les historiens en confondent pas Histoire et mémoire. A l’inverse de l’histoire , la mémoire isole un évènement de son contexte ; elle cherche à le tirer de l’oubli pour lui même et non pour l’insérer dans un récit cohérent créateur de sens (dans lequel l’oubli sélectif a au contraire nécessairement sa place) ; ceci s’explique parce que la mémoire est affective, tandis que l’histoire se veut rationnalisante ; _ L’injonction incantatoire au « devoir de mémoire » ne risque-t-elle pas d’aboutir à une négation de la demande d’histoire. Cet antagonisme entre histoire et mémoire est la conséquence des profondes mutations qui , depuis plus d’un siècle, ont affecté la définition de l’histoire comme celle de la place revendiquée dans la société par les historiens. Progressivement ceux-ci ont pris de la distance vis-à-vis de la fabrication d’un "roman national", et ont affiché leur méfiance envers toute tentation de manipulation de la mémoire collective. Les renouvellements introduits par l’école des Annales en faveur d’une histoire globale inscrite dans la longue durée ont aussi contribué à cette rupture des historiens avec l’histoire-mémoire traditionnelle. En contrepartie de cet effacement, on assiste en France depuis une vingtaine d’années à la montée des revendications mémorielles, face auxquelles les historiens doivent se positionner.

S’il est impossible de proposer ici une bibliographie exhaustive, des éléments de bibliographie générale simplifiée sur ce thème sont à votre disposition en document joint . Une bibliographie très complète (24 pages) est disponible dans le livre Les guerres de mémoires. La France et son histoire, La Découverte, 2008

Quelques ouvrages récents :

La mémoire, pour quoi faire ?, par François DOSSE, Alain FINKIELKRAUT, Jean-Claude GUILLEBAUD ; sous la direction d’Alain HOUZIAUX,Ed de l’Atelier, 2006
-  Les auteurs étudient le bon et le mauvais usage qui est fait de la mémoire lorsqu’il s’agit d’aborder les événements historiques. Ils montrent que si faire mémoire n’est pas un acte condamnable en soi, il peut cependant conduire à se culpabiliser sans se responsabiliser et à faire des événements passés des images inertes.



L’historien, la parole des gens et l’écriture de l’Histoire ;le témoignage à l’aube du XXIe siècle, par Hélène WALLENBORN, Labor, 2006
-  L’explosion de " la parole des gens " dans les années 1990 est expliquée par trois larges perspectives liées entre elles, qui débutent à la constitution des différentes communautés d’historiens professionnels le rôle social de l’historien, la question de l’objectivité en histoire et les différents rapports au passé (cyclique, téléologique, et l’âge de la " mémoire " depuis vingt ou trente ans). L’ouvrage présente la diversité des initiatives d’enregistrement de la " parole des gens ", qu’il s’agisse de l’histoire orale militante, de la pratique archivistique ou du témoignage. Il est aussi l’occasion de donner une introduction claire aux débats qui secouent la discipline historienne depuis une vingtaine d’années

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L’empire des émotions : les historiens dans la mêlée, par Christophe PROCHASSON, Demopolis,2008
-  A l’heure où les émotions envahissent la politique et l’histoire, comment garder la tête froide ? L’entrée des témoins sur la scène de l’histoire, et parmi eux les victimes, a laissé libre cours aux émotions. Les controverses sur les lois mémorielles illustrent la confusion actuelle entre histoire et mémoire. Christophe Prochasson appelle à la vigilance : l’histoire ne doit pas se laisser envahir par l’émotion mais dégager la relation au passé de son enveloppe sentimentale. Un essai critique indispensable pour mettre les émotions à leur juste place dans la fabrique de l’histoire.






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