points d'actu !


Nomad’s land
26/09/2012
Alors que le record du monde de lancer de téléphone portable (101 mètres 46 en août 2012) vient d’être battu par un finlandais, des files d’attente encore plus longues de nomophobes se forment, pour accueillir le nouveau bébé trognon de la marque à la pomme. Téléphone, smartphone, iphone, drôle de faune juste pour dire "t’es où" ou taper sur un clavier virtuel, d’un pouce acrobatique, les substantifiques phonèmes du présent. Geeks, ubiques, brouilleurs de silence, mais aussi passagers d’une aventure à venir, celle d’un temps qui ne se conjuge pas, et d’un espace sans lieu. Le commerce des conversations répond au commerce des marchands. Un objet est né, dont la valeur d’échange se résume au coût d’un abonnement, comme s’il n’avait jamais été fabriqué ni pensé. Ex nihilo, pro domo. Contempteurs, adorateurs s’affrontent... Ne brouillons pas les pistes, car la fréquence vaut d’être écoutée.




Mythologie du portable, Laurence ALLARD, Cavalier bleu
-  "Ce petit livre dresse une liste des caractéristiques sociales parfois contradictoires de cet outil très particulier. Adaptable aux besoins de chacun, l’objet est à la fois verrouillé sur le plan industriel et co-inventé par ses utilisateurs ; outil de communication, il constitue parfois le dernier refuge de l’intimité. Le coût des connexions conduit à des bricolages variés et engendre toute une microéconomie de services locaux (« boutiques » de rechargement de batteries, location de minutes de communication, réparations et pièces détachées). Hors du réseau, le portable sert de plate-forme d’échange en direct de fichiers numériques (sons, photos, vidéos), et finalement d’outil d’expression dont le rôle, notamment dans les pays émergents, est parfois masqué par les discours sur la fracture numérique." Philippe RIVIERE, Le Monde diplomatique, Mars 2010.

Dans les blogs Culturesexpressives et Mobactu, Laurence Allard, Maîtresse de conférences en Sciences de la Communication et chercheuse à l’Université Paris 3-IRCAV donne un aperçu de ses recherches. Juste fil pour parler du sans fil.

Un soi mobile

Nouvel objet, nouveaux comportements : le téléphone mobile n’invente pas seulement les usages pour lesquels il a été conçu. Il est le catalyseur des usages auxquels des communautés d’utilisateurs le dédient, en fonction de leur besoin particulier, et parfois contradictoire : identitaire et communicationnel, ludique et utilitaire, libérateur et contraignant...


Petite Poucette, la génération mutante, Pascale NIVELLE, Libération, 03/09/2011, sur Petite poucette, Michel SERRES, Le Pommier
-  Ce prof baroudeur, académicien pas tout à fait comme les autres, scrute les transformations du monde et des hommes de son œil bleu et bienveillant. Son sujet de prédilection : la jeune génération, qui grandit dans un monde bouleversé, en proie à des changements comparables à ceux de la fin de l’Antiquité. La planète change, ils changent aussi, ont tout à réinventer. « Soyons indulgents avec eux, ce sont des mutants », implore Michel Serres, par ailleurs sévère sur sa génération et la suivante, qui laisseront les sociétés occidentales en friche.

L’autonomie relationnelle : sms, « chat » et messagerie instantanée, par Céline METTON, Ethnologie française, 2010/1, Nouvelles adolescences
-  Le téléphone mobile et internet, dont la diffusion est aussi massive que récente chez les adolescents, démultiplient leurs potentialités de communication. L’enjeu est ici de saisir comment ces outils s’insèrent aux autres supports communicationnels (téléphone fixe, écrit...) et participent au processus de socialisation des plus jeunes. Parce qu’ils sont individualisés et personnalisés, ils leur permettent d’asseoir très tôt leur autonomie vis-à-vis de leur famille et de leur groupe de pairs. En facilitant également le dialogue entre les garçons et les filles, ils sont devenus des outils précieux pour les premières entrées en relation amoureuse. Les données de cet article sont tirées d’une enquête pour laquelle 76 entretiens ont été menés.


De la créativité partagée au chahut contemporain : Le téléphone mobile au lycée, par Anne JARRIGEON, Ethnologie française, 2010/1, Nouvelles adolescences
-  "Le téléphone mobile joue un rôle clé dans l’organisation de la sociabilité adolescente. Les analyses présentées ici s’appuient sur des enquêtes ethnographiques focalisées sur les usages du téléphone mobile en situation scolaire. Ce cadre social resserré et d’emblée collectif permet de quitter la seule perspective de la communication interpersonnelle. Il invite à mettre en avant des usages partagés du mobile et à analyser des manières d’être ensemble. Dans un tel contexte normatif, ce que les élèves font avec leur mobile révèle aussi bien leurs rapports aux règles et aux interdits que la teneur des relations qu’ils entretiennent avec un monde d’adultes qui ne se réduit pas à celui des parents."

Des tribus très smarts, Anne-Claire GENTHIALON, Libération, 17/12/2010
-  "C’est la lutte phonale... Une lutte fratricide entre utilisateurs de smartphones. Longtemps, on l’a crue cantonnée aux iPhonistes vs Blackberristes. Erreur ! Il existe près de 370 modèles de ces téléphones intelligents avec lesquels on peut à la fois surfer sur Internet, envoyer des mails, jouer, écouter de la musique, crâner ou prendre des photos. Pour faire son choix, pas besoin de s’attarder sur la couleur de la coque ou les sonneries. Non, ce qui compte, c’est le système d’exploitation (OS). Le néophyte doit trancher entre Android (Google), iOS (Apple), Blackberry (RMI), Windows (Microsoft), Symbian (Nokia) et bien d’autres. Mais gare ! Ce choix est tout sauf anodin. Opter pour un système d’exploitation, c’est comme rallier un clan, une famille."

Mon mobile et moi
-  Témoignages et enquêtes sur les multiples utilisations du portable, à écouter sur ... son portable par exemple !

Un continent mobile

Du coltan à 1000 dollars le kilo, kesaco ? Le téléphone portable, c’est aussi la guerre au Congo, le pays où sont situées les mines que des bandes armées surveillent jalousement. Le sens de l’éthique, la traçabilité des minerais et la condition ouvrière ne font pas bon ménage. Du sang et des larmes, ce sont aussi les ingrédients dont est fait ce bel objet à l’obsolescence programmée, et dont on sait maximiser le rapport coût/profit. 70% de marges, hors coût de développement, c’est une bien belle affaire, mais c’est aussi l’instrument d’une émancipation et d’une libération.

Le téléphone mobile a-t-il créé une révolution en Afrique ?
-  "L’Afrique connaîtrait-elle actuellement une révolution qui se diffuse par l’explosion du nombre de téléphones mobiles et de sa couverture ? La diffusion du téléphone mobile en Afrique et ses conséquences économiques, politiques et sociales restent encore peu étudiées et pourtant elles permettent un certain rattrapage de l’Afrique dans certains domaines."

Les pays pauvres réinventent le sms et l’avenir des mobiles
Mythes et réalités des usages mobiles dans les pays en développement
-  "Il a fallu 15 ans pour que le quart de l’humanité soit doté d’un téléphone mobile, en 2003, et quatre ans seulement pour que la moitié de la population mondiale, soit 3,8 milliards d’individus, en soit équipée. La quasi-totalité des futurs nouveaux entrants résident désormais dans les pays du Sud, où les usages sont bien différents de ce que l’on connaît dans nos contrées dites “développées“. (...)Si, au-delà de pouvoir être joint ou contacter quelqu’un en permanence, en Occident, les services mobiles se sont en bonne partie focalisés sur les loisirs, dans les pays pauvres, ils doivent d’abord répondre à des besoins. Ainsi, Internews dit s’intéresser aux innovations liées à la téléphonie mobile “dans les situations d’urgence ainsi que dans les pays fermés“, depuis qu’elle avait mis en place un système de communication par SMS à l’intention des journalistes qui couvraient le tremblement de terre à Java en 2006."


Accès collectifs en milieu rural : le far-net indien
-  "Dans les régions non connectées des pays “émergents”, pauvres ou en “voie de développement”, les problèmes de connectique sont autrement plus compliqués que dans les pays développés : peu ou pas d’infrastructure de télécommunications, voire pas d’électricité du tout. Les contenus locaux sont bien moins nombreux qu’en Occident, et nombreux sont ceux qui ne savent ni lire ni écrire. Aussi l’accès aux NTIC est-il conditionné au fait de répondre, non pas tant à la “fracture numérique” qu’à des besoins vitaux. Il s’agit souvent moins de connecter des individus que des communautés : il n’est pas rare, par exemple, qu’une seule et même adresse e-mail soit utilisée par plusieurs personnes. Alors qu’en Occident l’objectif est que chacun puisse se connecter chez soi, et que les cybercafés demeurent marginaux, dans les pays émergents, les points d’accès publics à l’internet sont bien souvent les seuls endroits où il est possible de se connecter aux réseaux."

Et puisque c’est la "lutte phonale" , mobilisez-vous avec ces quelques videos à regarder sur votre smartphone !

Jeunophones

Mangaphones

Africaphones

Terriphones

Pour terminer, ce lien un peu téléphoné vers un autre point d’actu : téou, tufékoi...



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