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La glorieuse histoire d’un chaos
Mali Blues
27/07/2012
Le Mali, pays d’Afrique de l’Ouest souvent cité comme modèle ou « exception » démocratique sur le continent africain, se trouve aujourd’hui plongé dans le chaos, avec un territoire scindé en deux et un pouvoir politique des plus précaires. En effet, une rébellion de la population touarègue (menée par le MNLA), ajoutée à la présence de groupes islamistes dans la région (Ansar Dine, AQMI, MUJAO), a entraîné l’occupation du nord du pays par ces différents groupes armés et la déclaration d’indépendance du territoire de l’Azawad par les Touarègues le 6 avril.
Le désordre semé par le coup d’état du 22 mars renversant le président ATT, juste un mois avant la tenue des élections présidentielles, a contribué à l’accélération des événements dans le nord. Bien que la junte menée par le capitaine Sanogo ait accepté le retour à l’ordre constitutionnel, le président par intérim Diocounda Traoré se trouve à la tête d’un pays dans un contexte très tendu, sous la pression des militaires, de la société civile et de la communauté internationale. La Communauté économique des états d’Afrique de l’Ouest (Cédéao) souhaite intervenir militairement et demande le soutien de l’ONU, ainsi que des Etats-Unis et de la France.

La situation actuelle très complexe, mêle des problèmes politiques nationaux à des phénomènes diplomatiques et stratégiques internationaux et aucune solution ne se dessine à l’horizon. Comment le Mali va-t-il sortir de cette crise sans précédent ? Face à un avenir plus qu’incertain, nous vous proposons aujourd’hui de relire la riche histoire de ce vaste pays enclavé, en grande partie désertique mais dont la vie est étroitement liée au fleuve Niger qui le traverse.


Sommaire

1. Préhistoire et Antiquité : un peuplement ancien

2. Des empires prestigieux au Moyen Age

-  L’Empire du Ghana (IVe-XIIIe siècle)

-  L’Empire du Mali, ou l’épopée de Soundjata Keita (XIIIe-XVe siècle)

-  L’Empire Songhaï (XVe-XVIe siècle)

3. Traite atlantique et débuts de la colonisation (16e-19e siècle)

4. La période coloniale (1895-1960)

5. L’Indépendance de Modibo Keita (1960-1968)

6. Le régime de Moussa Traoré (1968-1991)

7. Le Mali démocratique

La question touarègue

L’islam et l’Afrique de l’Ouest

Sources et références complémentaires



1. Préhistoire et Antiquité : un peuplement ancien

L’on sait que le continent africain apparait comme le berceau de l’humanité, puisque les plus anciennes traces d’hominidés ont été retrouvées en Afrique de l’est. Le peuplement de la moitié nord du continent s’est quant à lui densifié entre le Xe et le IIIe millénaire, à la faveur d’une longue période humide dans le Sahara. Les plus anciennes céramiques connues dans le monde (vers 10000 avant J.C.) ont été trouvées à Ounjougou au Mali.

Une civilisation s’y est développée, basée sur la chasse, la pêche et la cueillette et de premières formes de domestication des bovins, attestées par des peintures rupestres, certaines du IVe millénaire. Entre le IIIe et le Ier millénaire, un desséchement climatique entraina des mouvements démographiques, les populations du Sahara étant refoulées soit vers le nord, soit vers le Sahel au sud, soit vers le Nil à l’est. Ce changement climatique a provoqué une révolution dans l’exploitation des ressources végétales et animales et le passage à l’agriculture et à l’élevage. Dans le Sahel, la culture du mil, du fonio, du riz africain et du sorgho s’installa, ainsi que l’élevage du bovin. Au sud du Sahara et notamment au Niger, l’invention de la métallurgie est apparue très tôt, dès le IIe millénaire pour le cuivre, et durant le Ier millénaire pour le fer. Celui-ci s’est répandu progressivement dans la totalité de l’Afrique de l’ouest.

Durant ce Ier millénaire, face à la sécheresse dans le Sahara, le delta intérieur du Niger a recueilli un nombre croissant de réfugiés venus des confins du désert, aboutissant à la fondation de Djenné-Djeno, une des plus anciennes villes de l’Afrique subsaharienne (découverte en 1943 par Théodore Monod), ancêtre de la ville actuelle de Djenné. Parallèlement, à partir de 300 av. JC, les nomades, essentiellement des berbères garamantes (dont une partie sont les ancêtres des touaregs) régnaient en maîtres dans le désert, et servaient d’intermédiaires entre le Sahel et le monde méditerranéen.

Pour aller plus loin :

  • Les différents ouvrages parfois controversés mais en partie visionnaires de Cheikh Anta Diop, abordant le rôle de l’Afrique noire dans l’histoire de l’humanité et la définition de la civilisation égyptienne comme une civilisation négro-africaine, et dénonçant la conception « eurocentrée » de l’égyptologie et de l’africanisme.


2. Des empires prestigieux au Moyen Age

Au fil du Moyen âge, de nombreux royaumes se sont succédés et ont cohabité, mais ils furent souvent englobés dans des formations plus puissantes que sont les empires du Ghana, celui du Mali et l’empire Songhaï.

Doc : Carte des empires, 21.1 ko, 133x150

Carte des empires

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L’Empire du Ghana (IVe-XIIIe siècle)

Cet empire, nommé Wagadou par les soninkés, fut mentionné pour la première fois au VIIIe siècle par les géographes arabes. Il a probablement été fondé au IVe siècle de notre ère, autour de sa capitale Koumbi Saleh dans le sud mauritanien. Il était peuplé de soninkés, mais les berbères Iznagan et Garamantes y avaient une position dominante dans le commerce, et ont contribué à l’islamisation de la population. L’empire du Ghana atteignit son apogée aux Xe et XIe siècles, il s’étendait du fleuve Sénégal au Niger, englobant les mines d’or du Bambouk. Il fournissait or et esclaves aux pays musulmans. Son souverain était décrit comme « l’homme le plus riche du monde » par le voyageur arabe Ibn Hawqal au Xe siècle. Mais en 1076, la dynastie berbère des Almoravides prit la capitale, et le déclin de l’empire commença, jusqu’à sa fin définitive lors de son annexion par Soundjata Keita et la fondation de l’empire du Mali.

A côté de l’empire du Ghana, la ville de Djenné-Djéno connut vers 800 son apogée avec environ 10000 habitants, mais son déclin commença avec la construction par les Arabes d’une nouvelle ville (actuelle Djenné) à trois kilomètres de distance. Elle sera définitivement abandonnée au XIIIe siècle.

Sur les bords du Niger, à Koukia, la première dynastie des songhaïs fut fondée sous le nom de Dia, par un berbère nommé Za el Ayaman. La légende raconte l’origine de cette dynastie par l’exploit de celui-ci, lorsqu’il aurait tué un énorme poisson sortant régulièrement du fleuve Niger pour dévaster la région. Ce royaume s’étendit vers le nord aux VIIIe et IXe siècles.

L’Empire du Mali, ou l’épopée de Soundjata Keita (XIIIe-XVe siècle)

En 1180, un guerrier soninké usurpa le pouvoir en tuant le dernier souverain de la dynastie Diari-So (héritière du Ghana) et son fils, Soumangourou, souverain du royaume Sosso, entreprit vers 1190 la conquête des localités et des territoires voisins. Réputé pour être un roi cruel et sorcier, il fit tuer de nombreux rois pour asseoir sa domination, dont la famille du roi malien Naré Famaghan, à l’exception de son fils infirme Soundjata. Celui-ci malgré son infirmité a combattu les armées de Soumangourou, repris sa capitale Dieriba, et l’a tué durant la célèbre bataille de Kirina en 1235.
En réunissant les différents royaumes de la région, il fonda l’empire du Mali et créa une nouvelle capitale Niani. Il mourût en 1255, blessé accidentellement par une flèche, tomba dans la rivière Sankarani et selon la légende se transforma alors en hippopotame. Son épopée est racontée par tous les griots mandingues encore aujourd’hui et Soundjata est connu pour être un des plus grands conquérants et empereurs de l’histoire, souvent comparé à Alexandre le Grand dans la tradition africaine.

Illust : Kankan Moussa, 100 ko, 500x381

L’empire du Mali atteignit son apogée au XIVe siècle, sous les règnes de Kankan Moussa (1312-1337), célèbre pour son fastueux pèlerinage à la Mecque et de Mansa Souleyman (1341-1359) sous le règne duquel l’empire atteignit ses dimensions extrêmes. Kankan Moussa était soucieux de science et de culture, il s’entoura de lettrés, juristes, médecins... et en rentrant de son pèlerinage, fit construire par l’architecte andalou Ishaq Es-Saheli plusieurs mosquées, dont celles de Tombouctou (Djinguereber) et de Gao.


Les souverains de l’empire régnaient sous le titre de « mansa » qui signifiait « roi des rois » et leur puissance et leur prospérité reposaient sur le commerce transsaharien et le contrôle des mines d’or du Bouré et du Bambouk, ainsi que sur une très grande armée. L’empire du Mali a conservé un prestige intact à travers les siècles et c’est en son souvenir que le Soudan français s’est nommé République du Mali à l’indépendance en 1960.

Pour lire l’épopée de Soundjata d’après la tradition orale :
Soundjata ou l’épopée mandingue, par D. T. Niane, Ed. Présence Africaine


La grande geste du Mali. 02. Soundjata, la gloire du Mali, par Wâ Kamissoko, Ed. Khartala

L’Empire Songhaï (XVe-XVIe siècle)

Au XVe siècle, l’empire du Mali était en déclin et les touaregs qui avaient fondé un sultanat à Agadès en 1405 en profitèrent pour étendre leur territoire dans le désert. Mais dans la seconde moitié du 15e siècle, les songhaïs sous le règne de Sonni Ali dit Ali Ber, en prenant en 1468 la ville de Tombouctou aux mains des Touaregs, et en 1473 la ville de Djenné, détruisirent l’empire du Mali. Ali Ber mourut en 1492 mais ne laissa qu’une courte descendance, car dès 1493, un gouverneur de province musulmane Mamadou Touré prit le pouvoir afin d’asseoir l’emprise de l’islam sur l’empire, et fonda la dynastie des Askia. Sa capitale était Gao, où l’on trouve encore le tombeau des Askias.


L’apogée de cet empire eut lieu sous le règne de l’Askia Daoud, le territoire s’étendait alors sur plus de 2000 km d’est en ouest, englobant les Mossi au sud et les mines sahariennes de sel de Teghazza au nord. Ce fut un grand état, administré et centralisé, chaque province était dirigée par un gouverneur et un chancelier consignait les actes royaux et chartes par écrit.

Mais, le sultanat marocain avait des visées sur les matières premières de la région (sel et or) et avec une armée menée par le Pacha Djouder, il vainquit l’empire Songhaï à la bataille de Tondibi en 1591. Les marocains s’installèrent à Gao puis fondèrent une nouvelle dynastie de souverains nommée « Armas », inféodée au Maroc, jusqu’au XVIIIe siècle.

Les villes de Tombouctou, Gao, Djenné et Oualata étaient alors des centres commerciaux mais aussi religieux et intellectuels très éminents, attirant de nombreux lettrés et étudiants et se dotant de bibliothèques prestigieuses. Aujourd’hui, les manuscrits issus de cette époque, mais aussi des époques antérieures et postérieures, sont redécouverts, notamment à Tombouctou, et font l’objet de campagnes de conservation et de numérisation. Leur avenir est malheureusement menacé par les conflits qui se déroulent dans la ville. Pour avoir une idée de cette richesse patrimoniale, vous pouvez regarder ce reportage : Tombouctou, Les manuscrits sauvés des sables

Coup de coeur !
Nous vous conseillons la lecture de ce numéro de la Documentation photographique qui apporte une synthèse joliment illustrée de l’histoire ancienne de l’Afrique :
Histoire de l’Afrique ancienne : VIIIe-XVIe siècle, par Pierre Boilley, Jean-Pierre Chrétien, Ed. La documentation française


3. Traite atlantique et débuts de la colonisation (16e-19e siècle)

Aux XVe-XVIe siècle, la chute de l’empire Songhaï, s’est combinée avec ce tournant majeur de l’histoire de l’Afrique qu’est l’arrivée dès 1450 des premiers Européens, plus précisément des marins portugais. Cela a mis fin à la période prestigieuse des empires du Mali et de l’Ouest africain. Les Européens, portugais mais aussi anglais et français, étaient intéressés par l’or et par le trafic d’esclaves, et mirent rapidement en place des comptoirs commerciaux et l’organisation de la traite négrière sur les cotes du Golfe de Guinée. Le commerce triangulaire a connu son apogée au XVIIIe siècle.

L’Afrique connaissait l’esclavage avant l’arrivée des Européens, notamment par le commerce transsaharien, mais les conséquences de la traite négrière furent nombreuses et souvent désastreuses pour les sociétés africaines. Selon l’historien Elikia Mbokolo, les dynamiques politiques et sociales, démographiques et économiques en œuvre entre le VIIIe et le XVIe siècle « ont été brisées, étouffées, dévoyées par les traites esclavagistes ». Cependant, profitant du déclin des grands empires, de nouveaux royaumes émergèrent : bambara animiste (Kaarta et Ségou), peul musulman, mossi. L’un des royaumes bambaras deviendra le plus puissant jusqu’au XIXe siècle, sous le nom d’Empire de Ségou, concurrencé par l’état théocratique islamique des Peuls du Macina (delta intérieur du Niger).

Mais, face à l’arrivée des Européens et au nom du Djihad, le toucouleur El-Hadj Omar (1795-1864) bâtit un empire aux dépens des royaumes bambaras et peuls entre 1850 et 1860. Au même moment, les français conquièrent la vallée du Sénégal. L’histoire du combat d’El Hadj et de ses fils contre la colonisation est une véritable épopée. La progression des français se heurta aussi à la résistance du mandé Samory Touré de 1880 à 1898, mais à la suite de nombreux combats, ils réussirent à constituer la colonie du Haut-Sénégal-Niger appelée ensuite Soudan français. Celle-ci fut intégrée en 1895 à la fédération de l’Afrique occidentale française (AOF). La petite bourgade de Bamako qu’ils avaient transformée en position fortifiée en 1883, fut le chef-lieu de la colonie dès 1907.

Pour découvrir l’histoire de Bamako,devenue capitale du Mali : Une histoire de Bamako, par Sébastien Philippe, Ed. Grandvaux


4. La période coloniale (1895-1960)

L’administration coloniale avait une structure très hiérarchisée : le gouverneur général à Dakar dirigeait les gouverneurs de colonies, elles-mêmes divisées en une douzaine de cercles, ayant à leurs têtes des commandants, acteurs essentiels de la politique coloniale. Cette structure d’environ cinq cent hauts fonctionnaires français reposait sur des chefs indigènes de canton ou de village et des emplois subalternes. La majorité des africains de la région vivait sous le statut de l’indigénat, seule une minorité a été assimilée.
L’auteur malien Amadou Hampaté Bâ a donné à travers ses souvenirs d’enfant et d’auxiliaire de colonisation une description souvent sarcastique du système colonial.


Les français entreprirent la construction de grandes infrastructures : la voie ferrée Dakar-Niger en 1923, les aménagements irrigués de l’Office du Niger en 1925, tandis que les scientifiques, notamment les ethnographes comme Marcel Griaule, étudièrent la région. L’ouvrage de synthèse Petite histoire de l’Afrique : l’Afrique au sud du Sahara, de la préhistoire à nos jours, par Catherine Coquery-Vidrovitch, Ed. La Découverte explique de façon très simple les multiples conséquences de la colonisation sur l’Afrique, notamment démographiques (en lien avec des épidémies meurtrières) et agricoles (destruction du système agraire traditionnel)...

Dans les années 1945-46, certaines réformes assouplirent le statut des indigènes leur permettant notamment de siéger dans une assemblée élue pour chaque Territoire d’Outre-mer (nouvelle nomination des colonies). Léopold Sédar Senghor et Félix Houphouêt Boigny faisaient partie de ces élus qui réfléchirent alors à une évolution des colonies et organisèrent leurs représentants en fondant en 1946 le Rassemblement démocratique africain. La question portait alors sur le cadre géographique de l’autonomie politique : fallait-il ou non maintenir une fédération ou garantir une indépendance de chaque territoire ? Une tentative de fédération du Mali avec le Sénégal, le Soudan, le Dahomey et la Haute-Volta, fut impulsée en 1958, notamment par Modibo Keita à la tête de la vie politique du Soudan français. Mais dès 1959, elle ne contenait plus que le Sénégal et le Soudan français et elle éclata au lendemain de l’indépendance, les relations étant tendues entre Modibo Keita et Léopold Sédar Senghor.

Pour aller plus loin :
L’Afrique noire de 1800 à nos jours, par Catherine Coquery-Vidrovitch, Henri Moniot, Ed. PUF

Colonisation, décolonisation, postcolonialisme : conférence du 3 novembre 2000 par Elikia M’Bokolo, Ed. Service du film de recherche scientifique : CERIMES

5. L’Indépendance de Modibo Keita (1960-1968)

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Modibo Keita

En septembre 1960, le Soudan français devenait le Mali indépendant avec Modibo Keita comme président de la République. Celui-ci a instauré un régime socialiste avec la création de sociétés d’Etat, l’organisation de coopératives agricoles, la nationalisation des banques, et autoritaire, s’appuyant sur son parti, l’US-RDA (Union soudanaise-Rassemblement démocratique africain) devenu rapidement le seul parti du pays après la dissolution de son rival le Parti soudanais pour le progrès.

Modibo Keita était un fervent défenseur du panafricanisme et du tiers-mondisme et le promoteur du mouvement des « non alignés » contre toute forme de domination et d’impérialisme. Malgré l’échec de son système économique, marqué par une forte inflation et un mécontentement de la population, et la bureaucratisation excessive de sa politique, il est resté une figure importante de l’histoire de l’indépendance africaine.

Le Mali de Modibo Keita, par Cheick Oumar Diarrah, Ed. L’Harmattan

6. Le régime de Moussa Traoré (1968-1991)

En 1968, un coup d’état mené par de jeunes officiers renversa Modibo Keita, emprisonné à Kidal dans le nord du pays et tué dans de sombres circonstances en 1977. Le lieutenant Moussa Traoré dirigeait le Comité Militaire de libération nationale et à ce titre sera élu chef de l’Etat. Il maintint le système de parti unique avec l’UDPM (union démocratique du peuple malien) fondé en 1979 et instaura un régime arbitraire et répressif.
L’auteur Ibrahima Ly a dépeint de façon très crue les conditions de détention des opposants au régime dans les prisons du nord du Mali dans son roman Toiles d’araignée.


Le régime de Moussa Traoré fut confronté à de graves difficultés, dont une sécheresse en 1970, et engagea la libéralisation de l’économie en supprimant des sociétés d’Etat par exemple. A la fin des années 80 et face aux divers mécontentements (touaregs, syndicats, étudiants...), il entreprit une petite ouverture en autorisant les journaux indépendants, mais refusa le multipartisme réclamé par les forces démocratiques naissantes, dont l’Adema (Alliance pour la démocratie du Mali fondée en 1990).

En mars 1991, la répression sanglante des manifestations populaires, en particulier étudiantes, va entrainer un coup d’état mené par le colonel Amadou Toumani Traoré et le renversement de Moussa Traoré. Celui-ci fut condamné à mort suite à plusieurs procès mais la sentence ne sera pas exécutée. Amadou Toumani Traoré dirigea le Comité de transition pour le salut du peuple (CTSP) en associant la société civile et les nouveaux partis, permettant une véritable transition vers la démocratie. Il réforma les institutions, organisa une conférence nationale, signa un pacte national en avril 1992 avec les rebelles touaregs, et proposa les premières élections multipartites.

Dans son ouvrage Vers la Troisième République du Mali, Cheikh Oumar Diarrah dresse un bilan de la 1ère république de Modibo Keita et de la 2e de Moussa Traoré, pour guider par la connaissance du passé, la génération de la 3e république qui commence alors.
Voir aussi sur le régime de Moussa Traoré : Mali, ils ont assassiné l’espoir : réflexion sur le drame d’un peuple, par Moussa Konaté, Ed. L’Harmattan

7. Le Mali démocratique

Alpha Oumar Konaré du parti Adema fut élu président en 1992 et réélu en 1997. Ses années de pouvoir apportèrent la stabilité sociale et politique, le renforcement des institutions, la mise en œuvre de la décentralisation et une certaine amélioration des infrastructures (routes, télécommunications). Mais le gouvernement s’est heurté à la corruption et à des difficultés économiques empêchant les réformes.

En 2002, selon les termes de la constitution, Alpha Oumar Konaré laissa le pouvoir et permit ainsi le retour d’Amadou Toumani Touré, sur la scène politique. Elu le 12 mai 2002, devant l’éclatement de l’Adema et l’apparition de nouvelles coalitions, il proposa en novembre un consensus sous la forme d’un gouvernement d’union, réunissant tous les groupes parlementaires. Bien qu’il ait été soutenu par l’Adema, la particularité du président ATT était son indépendance vis-à-vis des différents partis politiques, ce qui a empêché la constitution d’une véritable opposition. Cependant, durant la fin de son deuxième mandat, le président ATT était largement critiqué par la population et les partis politiques, il était accusé de corruption et de laxisme face l’installation des narcotrafiquants et d’AQMI (Al Qaïda au Maghreb islamique) dans le nord du pays.

Malgré une certaine stabilité politique, les difficultés économiques se sont accrues. La filière du coton, dont le Mali est un des principaux producteurs d’Afrique subsaharienne s’est confronté à de nombreux problèmes : baisse des cours mondiaux, baisse de la pluviométrie, gel de l’aide budgétaire décidée par les bailleurs de fonds en raison du retard dans la privatisation ; et a été fortement fragilisée. L’or est devenu la première ressource d’exportation du Mali, mais son exploitation est laissée aux mains de grandes multinationales canadiennes, américaines ou sud-africaines.

Voir l’ouvrage : L’or africain : pillages, trafics et commerce international, par Gilles Labarthe, Ed. Agone

Le Mali était en 2009 au 175e rang sur 182 pays dans le classement de l’Indice de Développement Humain. Le bilan de ses cinquante années d’indépendance, entre le socialisme de Modibo Keita pris dans la guerre froide, et l’entrée dans la mondialisation libérale, est celui d’un pays riche de ressources mais pauvre, dont la politique est soumise aux préconisations des institutions financières internationales que sont le Fonds Monétaire International et la Banque Mondiale.

Le film Bamako, par Abderrahmane Sissako, met d’ailleurs en scène le procès imaginaire, intenté par la société malienne contre ses institutions.


Voir aussi : Les peuples malien et africains : 50 ans d’indépendance ou de dépendance ?, par Mahamadou Maïga, Ed. L’Harmattan

Mali-France : regards sur une histoire partagée, par Colloque Regards croisés France-Mali, Bamako, janvier 2005] ; [organisé par le] GEMDEV et [l’] Université du Mali, 2005, Ed. Donniya et Karthala

Une piste pour l’avenir... Reconstruire l’Afrique : vers une nouvelle gouvernance fondée sur les dynamiques locales, par Ousmane Sy, Ed. C. L. Mayer



La question touarègue

L’histoire du peuple touareg mériterait un Point d’actu à elle seule. Ce peuple a, depuis plus d’un siècle, mené de nombreuses résistances contre différentes dominations : colonisation, gouvernements centraux et aujourd’hui puissances étrangères, au nom d’une culture et d’un mode de vie, lié au territoire désertique du Sahara.

Anne Saint Girons conclue son ouvrage sorti en 2009 par cette phrase qui donne un éclairage sur leur situation : « Les touaregs ont soufferts de l’abandon dans lequel ils étaient tenus, tant par la communauté internationale que par les états héritiers de la colonisation. Ils sont aujourd’hui les victimes de la course aux profits de la mondialisation. Il est certain que ces profits seront appropriés par des intérêts étrangers à la région, le pillage des ressources naturelles étant l’une des causes premières du sous-développement. Les fonds libyens, algériens, américains et chinois qui se déversent déjà sur les acteurs politiques attisent bien des appétits et accélèrent la déstructuration de la société touarègue laquelle finira par aboutir, par l’enrichissement de quelques-uns et l’appauvrissement de la majorité, à l’intégration des Touaregs dans la société libérale. »


Voir aussi :

  • Incertitude quant à l’avenir dans le nord du Mali, par Jean Pierre Valentin, dans la revue Ikewan, le journal des peuples premiers, n°85, pour ICRA International

L’islam et l’Afrique de l’Ouest

Pour mieux comprendre ce qu’est l’islam aujourd’hui en Afrique de l’Ouest et notamment au Mali, entre islam soufi et islam radical, deux ouvrages :

... et mieux cerner les rouages d’AQMI :

Sources et références complémentaires

Illust : Mosquée de Djénné, 45 ko, 425x289

Mosquée de Djénné



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