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L’ordre de la Visitation dans la lumière
14/10/2010
Parmi les célébrations nationales actées par le Ministère de la culture pour 2010, figure le 400e anniversaire de l’ordre de la Visitation né à Annecy en 1610. Il n’est pas si fréquent qu’un ordre monastique féminin soit ainsi mis à l’honneur. Les fortes personnalités de ses fondateurs, François de Sales et Jeanne de Chantal ont contribué à son rayonnement ainsi que la spiritualité et la créativité des religieuses elles-mêmes. Au moment où le film « Des hommes et des dieux » consacré aux moines de Tibhirine rencontre un grand succès, pourquoi ne pas évoquer l’histoire de moniales d’ordinaire si discrètes ?


Sommaire

1. Une année festive à la Visitation

2. Les fondateurs

-  Saint François de Sales
-  Sainte Jeanne de Chantal

3. Naissance et débuts de l’ordre

4. Essor de la Visitation

-  L’exemple de Lyon

5. Sur les pas des visitandines aujourd’hui

6. Un patrimoine à découvrir

1. Une année festive à la Visitation

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Parement fleuri (détail)

© Musée de la Visitation (Moulins)

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Les célébrations se succèdent tout au long de l’année 2010, depuis le 24 janvier, jour de la fête de Saint François de Sales jusqu’au 13 décembre, date anniversaire de la mort de Sainte Jeanne de Chantal. Expositions, concerts, colloques, messes, spectacles, livres, jalonnent cette période de festivités dans toute la France et notamment en Haute-Savoie, berceau de l’institution. Ainsi, du 1er au 6 juin 2010, des visitandines (le nom des sœurs de la Visitation) du monde entier se sont retrouvées en pèlerinage à Annecy, la « sainte source ». Le Musée de la Visitation de Moulins qui regroupe les œuvres d’art de nombreux monastères de l’ordre propose une très belle exposition intitulée :  Au cœur de la Visitation : trésors de la vie monastique en Europe. La communauté de Tarascon (en partenariat avec la Ville) et celle de Voiron, entre autres, célèbrent aussi cet anniversaire destiné à faire mieux connaître cet ordre contemplatif.

2. Les fondateurs

Saint François de Sales

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Saint Francois de Sales

Fonds jésuite
© Bm-Lyon

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C’est une grande personnalité du 17e siècle : évêque de Genève, homme de lettres, apôtre du Chablais, patron des journalistes, docteur de l’Amour... Ses qualificatifs s’avèrent nombreux. Il naît en 1567 au château de Sales sur la commune de Thorens, dans le duché de Savoie. Après des études à Annecy et Paris, il complète sa formation à Padoue (Italie) où il est reçu docteur en droit. Promis à une belle carrière, il renonce à tout pour devenir prêtre en 1593. Sa première mission consiste à ramener à la foi catholique les habitants du Chablais récemment convertis au protestantisme. Pour mieux convaincre, il écrit ses sermons sur des feuilles volantes qu’il placarde dans les lieux publics ou glisse sous les portes. Il invente le tract ! Après avoir mené à bien cette tâche, il est nommé évêque de Genève, alors en résidence à Annecy. Il se veut au service de tous, des plus humbles comme des puissants. Ses talents de prédicateur, sa simplicité, sa culture lui conquièrent beaucoup de monde, en Savoie et en France. Dans cette période de violence marquée par les guerres de religion, il choisit la voie de la douceur. Henri IV le reçoit. Des missions diplomatiques au service de la paix lui sont confiées.
Esprit ouvert, il s’inscrit dans le mouvement culturel de la Renaissance. Avec son ami Antoine Fabre, il fonde l’Académie florimontane destinée à promouvoir l’étude des sciences, de la littérature et de la cosmographie. Cette société savante existe toujours. Il est aussi l’auteur d’une œuvre importante qui marque l’histoire de l’Eglise et la littérature. Ses ouvrages :  Traité de l’amour de Dieu et surtout  Introduction à la vie dévote sont des succès. Ce dernier livre reste l’un des plus lus dans l’Eglise.
Sa rencontre déterminante avec Jeanne de Chantal lui permet de réaliser son grand projet de création d’un ordre religieux. Il meurt le 28 décembre 1622, à Lyon où il est venu saluer le roi de France Louis XIII, par ordre du duc de Savoie. Canonisé en 1665, il est fait docteur de l’Eglise.

Sainte Jeanne de Chantal

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Sainte Jeanne de Chantal

Fonds jésuite
© Bm-Lyon

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Elle est née à Dijon en 1572, fille du président du Parlement de Bourgogne, Bénigne Frémyot. A 20 ans, elle épouse le baron de Rabutin-Chantal. Ils ont 6 enfants dont 2 décèdent en bas âge. L’aîné deviendra le père de Madame de Sévigné. Une terrible épreuve l’attend en 1601 : son mari meurt dans un accident de chasse. La vie de Jeanne de Chantal est complètement bouleversée : inconsolable, profondément croyante, elle cherche un directeur spirituel.
Elle rencontre pour la première fois François de Sales en 1604 lors d’une conférence de carême qu’il anime à Dijon. Petit à petit, il l’accompagne pour donner une orientation nouvelle à sa vie. C’est le début d’une grande amitié spirituelle qui aboutit à la fondation de l’ordre de la Visitation. Ses enfants devenus grands, Madame de Chantal renonce à son existence de femme du monde pour se consacrer entièrement à ce nouveau projet et devenir religieuse. Infatigable, pendant près de 30 ans, elle multiplie les échanges épistolaires ainsi que les voyages pour veiller à l’édification de nombreux monastères. Ses talents d’organisatrice font merveille. Après la mort de son ami, elle s’occupe de la diffusion de ses ouvrages et, par ses propres écrits, apporte sa contribution à la pensée salésienne. Elle meurt au cours d’un voyage à Moulins, le 13 décembre 1641. Elle est canonisée le 16 juillet 1767.

3. Naissance et débuts de l’ordre

Cette fondation s’inscrit dans un contexte de grande ferveur religieuse, de renouveau de la foi après la période troublée et sanglante des guerres de religion. On assiste alors à une floraison d’ordres religieux. L’originalité de la future institution est qu’elle accueille des femmes de toutes origines sociales et de toutes conditions d’âge et de santé. Plutôt que d’exiger une grande austérité, l’accent est mis sur l’humilité, la charité, la patience et la douceur. De plus, autre spécificité, les sœurs ajoutent à leur vie contemplative, la visite et le soin aux malades. D’où le nom choisi de Visitation Sainte-Marie, en référence aussi à la visite de la Vierge Marie à sa cousine Elisabeth, après l’Annonciation.
C’est à Annecy que Jeanne de Chantal et deux compagnes arrivent le 6 juin 1610, à la petite maison dite de la Galerie mise à leur disposition par le duc de Savoie. François de Sales les escorte ainsi qu’une foule importante. Il leur remet un abrégé des futures constitutions (la règle) qu’il a lui-même rédigées. Ce jour marque la naissance officielle de l’ordre. La petite communauté s’organise peu à peu avec un costume, un blason, des chants. Une formation spirituelle est assurée. D’autres aspirantes rejoignent bientôt le groupe et, en 1612, la maison de la Galerie est délaissée pour une autre plus vaste qui devient le premier monastère de la Visitation.

Pour en savoir plus, parmi les dernières publications :

 A la source de la Visitation, par Françoise Bouchard, Salvator

 François de Sales et Jeanne de Chantal : l’ordre de la Visitation fête ses 400 ans, Cerf

Illust : Le voile et la plume, 4.3 ko, 120x159

Le voile et la plume

 Le voile et la plume : Jeanne de Chantal, François de Sales, par Marie-Claire Bussat-Enevoldsen, Bayard
-  En choisissant de s’adresser directement à Jeanne de Chantal, l’auteur la fait revivre d’une façon très vivante. Elle s’attache aux 38 premières années de sa vie et à sa rencontre extraordinaire avec François de Sales

 Saint François de Sales : l’amour au coeur, par Hyacinthe Vulliez, Le Vieil Annecy
-  Ouvrage accessible à tous, avec des illustrations, des extraits de textes dévoilant une personnalité marquante et attachante.

Et aussi :
Le site de la Visitation à Moulins bien documenté

Le site du château de Thorens, propriété de la famille de Sales

4. Essor de la Visitation

Très vite, cette nouvelle congrégation qui répond à un besoin spirituel de l’époque, connaît une grande expansion. D’abord en France au 17e siècle et ensuite dans la plupart des pays d’Europe. A chaque fondation, des villes, des grandes familles accueillent les nouvelles venues, des bienfaiteurs font des donations, des prêtres les accompagnent. A la mort de la fondatrice, on dénombre 87 couvents et plus d’une centaine en France à la fin de l’Ancien Régime. En plus des dons et des dots, les sœurs gèrent des pensionnats de jeunes filles, ce qui leur assure un revenu. Lorsque cette activité cesse, elles ouvrent des lieux d’accueil, comme par exemple des académies aux Etats-Unis. Comme tous les ordres religieux, la Visitation est soumise aux bouleversements liés à la vie politique de chaque pays. En France, elle est interdite à la Révolution et les monastères dispersés. Napoléon Ier la rétablit en 1805.
Aux 19e et 20e siècles, l’ordre essaime en Amérique du nord et du sud ainsi qu’en Afrique.

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Pluvial du bon Pasteur (détail) Espagne

© Musée de la Visitation (Moulins)

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L’exemple de Lyon

En 1615, Jeanne de Chantal et trois de ses compagnes créent une nouvelle maison à Lyon. C’est le deuxième monastère de l’ordre et la première fondation en France. Cette ouverture a des répercussions importantes sur l’avenir de l’institution. L’archevêque du lieu, Monseigneur de Marquemont, soutient cette initiative mais il veut que la nouvelle communauté se conforme aux règles juridiques imposées par Rome aux congrégations. Après de nombreux débats et pour que la Visitation puisse essaimer en dehors du diocèse de Genève, François de Sales accepte de modifier les statuts. En avril 1618, la Visitation devient un « ordre religieux formel » reconnu par le pape avec vœux solennels et clôture stricte. De nouvelles constitutions sont rédigées. C’est donc à partir de Lyon que la Visitation devient un ordre reconnu officiellement et prend son envol.

Dans la ville même, le premier monastère ouvert, la Visitation Sainte-Marie de Bellecour, devient vite insuffisant, victime de son succès. Deux autres maisons s’ouvrent. En 1627, un groupe de visitandines s’installe sur le site de l’Antiquaille, sur la colline de Fourvière. Grâce notamment à leurs travaux de broderie, elles agrandissent les bâtiments existants, construisent un cloître, une église. Elles sont aussi à l’origine du culte de Saint-Pothin, avec la découverte d’une grotte souterraine où serait mort l’évêque martyr. Dès 1640, une troisième maison est édifiée sur la rive gauche de la Saône, à l’emplacement actuel des Subsistances. Elle prend le nom de Sainte-Marie-des-Chaînes, rappelant le système défensif en usage sur la rivière.
Ces trois monastères ferment à la Révolution. Le premier sera transféré à Venise, puis à Trévise en Italie. En 1856, des visitandines revenues à Lyon s’installent Montée du Télégraphe à Saint-Just. Elles choisissent comme architecte, Pierre Bossan qui va ensuite dessiner les plans de la basilique de Fourvière. Pour avoir un revenu, elles ouvrent un pensionnat, supprimé en 1903. Elles demeurent là jusqu’en 1968, date de leur départ pour le village de Vaugneray (Rhône). Aujourd’hui, le beau jardin de la Visitation qui longe les bâtiments de leur ancien couvent et le cloître, perpétue leur souvenir.

 Les anciens couvents de Lyon, par l’Abbé Ad. Vachet, E. Vitte

 Bienvenue aux Subsistances, Ed. les Subsistances

Le couvent de la Visitation Sainte-Marie de Fourvière

Doc : Jardin de la Visitatio, 111.7 ko, 150x112

Jardin de la Visitation

© Ville de Lyon

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5. Sur les pas des visitandines aujourd’hui

L’ordre compte plus de 3000 religieuses réparties dans le monde entier, dans 155 monastères. Depuis le 17e siècle, environ 80 000 visitandines ont fait ce choix de vie. En 2010, les moniales du Canada fêtent aussi le 100ème anniversaire de leur arrivée à Ottawa en 1910. Parmi ces femmes si discrètes, des figures se détachent comme Marguerite-Marie Alacoque, Anne-Madeleine Rémuzat, Marie de Sales Chappuis... Après les visitandines, d’autres fondations sont nées, se réclamant de Saint François de Sales et de sa spiritualité empreinte d’humanisme.
Comme à l’époque de leurs fondateurs, les sœurs partagent leur temps entre la prière, le travail et aussi la détente. Les monastères sont autonomes, urbains, à la fois fermés et ouverts sur le monde. Bien que menant une vie cloîtrée, les visitandines n’en portent pas moins un regard sur l’extérieur, de par leur activité économique, mais aussi par la lecture des journaux et la réflexion sur notre société. Ainsi à Annecy, dans la maison-mère qui regroupe une quinzaine de moniales, ces dernières vivent de la fabrication d’hosties, de la réalisation de broderies et des revenus de leur petite boutique (  L’Essor savoyard, 13 mai 2010). Elles accueillent aussi les personnes qui désirent vivre un temps de retraite et partager leurs prières. A côté de leur couvent, la basilique de la Visitation qui abrite les reliques de Saint François de Sales et Sainte Jeanne de Chantal, attire de nombreux visiteurs.
Ailleurs aussi, pour assurer leur subsistance et les frais d’entretien de leurs monastères, les sœurs ont diversifié leurs activités : hôtellerie monastique à Saint-Flour et Voiron, fabrication de gâteaux à Burgos en Espagne, élevage de poules à Loudima au Congo... La ferme du monastère de Tarascon a été pionnière dans l’introduction du yaourt en France.

6. Un patrimoine à découvrir

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Lettrine enluminée

Soeur J. de Sales Gasse
© Musée de la Visitation (Moulins)

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Depuis le 17e siècle, les moniales réalisent des œuvres d’art de grande qualité dans le secret de leurs cloîtres. Elles travaillent autant les fils d’or, d’argent ou de soie que le papier, l’enluminure, l’aquarelle... Avec la préoccupation première d’embellir la liturgie, de décorer leur chapelle ou leur église. Elles imaginent et créent aussi de nombreux objets de dévotion.
En 1991 naît le Musée de la Visitation de Moulins (ville où est morte Jeanne de Chantal) qui œuvre à la conservation et à la valorisation du patrimoine artistique et religieux de l’ordre. C’est une initiative unique en France et même en Europe. 89 monastères y participent. Plus de 8000 pièces sont déposées, à la fois des objets de décoration et de culte offerts par de généreux donateurs et les créations des religieuses elles-mêmes. En 2009, le musée a mis à l’honneur les œuvres brodées. Depuis toujours, les monastères féminins pratiquent l’art de la broderie. Les visitandines y ont particulièrement excellé, créant de merveilleux décors floraux.
D’autres organismes se préoccupent de conserver le patrimoine religieux, comme par exemple la Conservation départementale des Musée des pays de l’Ain qui a organisé en 1999 une exposition consacrée à la Visitation dans l’Ain.

Pour aller plus loin :

 De fleurs en aiguille : l’art de la broderie chez les visitandines, par Danièle Véron-Denise, Gérard Picaud, Jean Foisselon, Somogy

 Splendeurs dévoilées : cinq siècles d’art à la Visitation, par Gérard Picaud, Jean Foisselon, Somogy

 « Ma fille, qu’es-tu venue faire ici » ? : scènes de vie au couvent, Musée des pays de l’Ain

A l’occasion de cet anniversaire, il ne faut pas oublier la célèbre « Visitandine », pâtisserie inventée dit-on, par des religieuses de Nancy au 17e siècle.



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