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La (re)naissance des « musées Gadagne » !
11/06/2009
La réouverture du Musée Gadagne qui a gagné désormais un nom pluriel, était impatiemment attendue après six ans de travaux ! Complètement métamorphosé, la date inaugurale du nouvel ensemble, est prévue le 12 juin 2009. Les musées Gadagne se veulent être un lieu de vie, de rencontres et de débats. Les musées Gadagne bénéficient à présent d’un auditorium de 150 places et de 30 salles d’expositions permanentes, dont 9 consacrées aux marionnettes du monde. L’ouverture d’un centre de documentation est également prévu pour début 2010.


-  Un lieu chargé d’histoire
-  Quelques marionnettes emblématiques
-  Des collections uniques
-  Ressources sur la marionnette

Un lieu chargé d’histoire

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Au cœur du Vieux-Lyon, quartier historique inscrit au Patrimoine mondial de l’Unesco, les musées Gadagne sont établis dans des bâtiments de l’illustre maison palatiale italienne, ayant appartenu à la famille de puissants banquiers et commerçants florentins : les Guadagni.
Pour tout savoir sur l’histoire et le rayonnement de cette famille prestigieuse, découvrez le livre  La saga lyonnaise des Gadagne de Edouard Lejeune. Ce dernier relate l’intégration des Gadagnes dans la vie de la cité, leur entrée au Consulat, leur accession aux plus hautes charges du royaume, leurs alliances prestigieuses et leur établissement foncier dans un vaste périmètre situé autour de Lyon.
La restauration et la restructuration de ce lieu, par la Ville de Lyon, dans le cadre d’une convention signée avec l’Etat, concernaient les deux musées : le musée d’histoire de Lyon, et, le musée international de la marionnette. Dans ce dernier, les collections comptent non seulement plus de 2000 marionnettes, mais aussi des décors, des costumes, des affiches, des photographies, des castelets (équipement servant à dissimuler les marionnettistes ainsi que les objets et les mécanismes nécessaires à la représentation) et des répertoires venus du monde entier.
Le livre  Marionnettes : collections du musée Gadagne donne un aperçu de ses pièces exceptionnelles. Il se présente comme un guide sur l’histoire du théâtre des marionnettes, enrichi de nombreuses illustrations. Il révéle plusieurs objets importants provenant du théâtre de Guignol, des personnages de théâtre d’ombre, des marionnettes à transformation, à fils, des poupées traditionnelles à celles plus exotiques...

Cette collection s’est rapidement développée après 1950 grâce au dépôt de marionnettes issues du Musée de l’Homme et du Musée nationale des arts et traditions populaires, et grâce à des dons, notamment celui du juriste  Léopold Dor ou celui d’Arthur Maury. Pour plus d’informations sur les dépôts au Musée Gadagne, consultez ces actes de colloque du Musée du Louvre (2008).

Quelques marionnettes emblématiques

Les personnages emblématiques de ce musée sont Guignol, Gnafron et Madelon. Ils ont été inventés par Laurent Mourguet (1769-1844). Il exerca toutes sortes de métiers (dont celui d’"arracheur de dents" pour lequel il recourait à Polichinelle afin de distraire ses patients !), jusqu’à devenir marionnettiste professionnel. Il eut alors l’idée ingénieuse de créer ses propres personnages à l’image de ceux qu’il côtoyait dans son quotidien.

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Gnafron fut semble-t-il inspiré de sa rencontre avec Grégoire Lambert Ladret, amuseur public des rues de Lyon. Ce nom provient de gnafre, c’est-à-dire le savetier, et par extension le cordonnier. Il désigne le métier que Gnafron exerce dans la plupart des pièces du répertoire. Ami de Guignol, c’est un homme peu sympathique à l’origine, sans tablier, ni chapeau, avec sa bouche tordue et édentée, ses cheveux en bataille, séparés par une raie, son nez grossièrement rafistolé (sans doute brisé par les batailles et les voyages) dont la base laisse penser qu’il était assez fort, enfin sa voix que l’on imagine éraillée.
Ce personnage évoluera au fil du temps, devenant plus jovial, parfois presque clownesque vers le milieu du XXe siècle. Il ne se départira jamais de son goût pour le beaujolais, penchant de plus en plus mis en exergue dans ses représentations ! Néanmoins il ne tombera jamais dans l’ivrognerie, au contraire, philosophe, ses propos demeurent plein de bon sens et maintes fois, il devra tempérer l’ardeur de son ami.

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Guignol est certainement la propre caricature de son créateur. Projeté dans un personnage à la langue bien pendue, il présente une tête ronde aux yeux grands ouverts, aux cils et sourcils relevés, soulignés par des traits de peinture, un nez camard et une bouche mince se terminant à chaque extrémité par une légère fossette. Tout cela lui confère diverses expressions à la fois : la ruse, l’étonnement, la naïveté, la gentillesse ou la malice.
Il est généralement vêtu d’un habit marron à boutons dorés, la vagnotte, qui était le costume des ouvriers lyonnais ou des portefaix des bas-ports de la fin du XVIIIe siècle, avec souvent un petit nœud rouge. Il est coiffé d’un chapeau de cuir noir à oreillettes rabattues sur une natte de cheveux enrubannée, le catogan tressé appelé salsifis, destiné à empêcher les cheveux de se prendre dans les fils du métier à tisser.
Guignol apparaît souvent armé de la tavelle, bâton lui servant à ramener à la raison son épouse, la Madelon ! et à corriger toutes les personnes qui se trouvent en travers de son chemin. En effet, bon vivant sans scrupule quand il s’agit de gruger les nantis, il est aussi impulsif et parfois même coléreux. Cependant son cœur demeure plein de droiture et de probité. Il se montre toujours prêt à rendre service aux amis, prend parti des petites gens, il défend l’opprimé, tout en faisant rire. Ignorant, naïf mais pas niais, il est prompt à la réplique, fertile aux expédients ! La marionnette incarne l’esprit gaulois qui consiste à se gausser de la police et à se révolter contre les injustices sociales. Il parle aux gens de ce qui les concerne directement, de leur vie, de leurs problèmes, de leur métier, de leur quartier. Il partage leurs difficultés quotidiennes, leurs revendications et proclame bien haut ce que les Lyonnais pensent tout bas. Cela dérange mais concourt dans le même temps, à le hisser au rang de symbole pour tout un peuple. Guignol représente l’âme vivante et populaire de la cité, il est le « miroir des traits essentiels du tempérament lyonnais » selon l’expression de Gérard Truchet, de l’association des Amis du Vieux Lyon et de Guignol.

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L’ouvrage  Le Guignol lyonnais de Tancrède de Visan, paru en 1908, présente l’histoire de la marionnette et l’évolution du théâtre qui lui est attaché. Il est complété un siècle après par Gérard Truchet qui fait le point sur cette tradition encore vivace aujourd’hui.

Bien que ne sachant pas écrire et lisant très mal, Laurent Mourguet ne manque pas d’imagination pour la composition de ses pièces. Il se détache rapidement des canevas classiques pour inventer ses propres histoires fondées sur l’actualité. Mourguet avait un don pour jouer et captiver son auditoire, mais aussi une grande capacité à improviser. En effet, les représentations étaient jouées dans les cabarets et les « cafés à la Guignol », où les spectateurs prenaient plaisir à participer ou invectiver les comédiens, ce qui nécessitait un sens de la répartie vif et spontané. Les manipulateurs meublaient la pièce par des plaisanteries, des jeux de mots, des gestes ou des actions grotesques. Ainsi, à partir d’un schéma relativement sommaire et stable, le jeu variait à chaque représentation.

Durant les premières années de la carrière de Guignol, Mourguet semble avoir travaillé seul à l’intérieur du castelet ou avec la collaboration ponctuelle de Grégoire Lambert Ladret. Dès 1820, il est obligé de recourir à d’autres manipulateurs, ce qui lui permet de multiplier les personnages sur scène et d’allonger les pièces.

Salué par le succès, la troupe se rend dans plusieurs villes de l’actuelle région Rhône-Alpes (Villefranche, Thizy, Tarare, Saint-Etienne ...) avant de se fixer à Vienne où Laurent Mourguet meurt en 1844. Il laisse derrière lui, une marionnette bien ancrée dans la tradition lyonnaise, qui a conquis non seulement le petit peuple, mais la bourgeoisie locale dès la fin du XIXe siècle. Exportée à Paris, elle jouit d’une réputation désormais mondiale.

Paul Fournel raconte dans le livre  Guignol : les Mourguet cette formidable épopée que les descendants Mourguet ont su poursuivre et enrichir sur cinq générations.

La date retenue de la naissance de Guignol est 1808, d’après la plupart des érudits suivant Tancrède de Visan, bien que du point de vue de Paul Fournel, il serait plus vraisemblable de la situer après 1810.
Pour fêter le bicentenaire de la petite poupée lyonnaise, la Ville a prévu l’an dernier, une quarantaine d’événements, dont une exposition double au musée Gadagne : une sur le thème de la marionnette conjuguée à une autre, autour d’un grand marionnettiste du XXe siècle,  Jacques Chesnais.
Consulter à ce sujet un article de Simone Blazy dans  le Bulletin municipal officiel de la Ville de Lyon (11 février 2008) et découvrez encore plus de références sur Guignol grâce au Point d’actu Bon anniversaire Monsieur Guignol !

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Le musée international de la marionnette conserve les premiers personnages de Mourguet, offerts par Pierre Neichthauser : Guignol, Gnafron mais aussi Madelon (épouse acariâtre et ronchon qui houspille son mari à chaque fois qu’il rentre tard à la maison ou à l’occasion de fêtes bien trop arrosées, en compagnie de Gnafron). Outre ces trois marionnettes-clés, on retient de nombreux autres personnages issus du théâtre de poupées lyonnaises : Toinon (femme de Gnafron), Cadet (ami auvergnat), du Bailli (représentant de l’Ordre), le Gendarme Laramé, Canezou (propriétaire du logement de Guignol... , créés en fonction des besoins des pièces, évoqués dans le livre de Jean-Paul Tabey de la Société Les Amis de Lyon et de Guignol :  Guignol, marionnette lyonnaise.

Des collections uniques

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Parmi les pièces exceptionnelles du Musée de la marionnette de Lyon, figurent d’autres personnalités célèbres telles que Polichinelle, personnage grotesque, bossu et pansu issu de la comédie italienne. L’exemplaire présenté provient du théâtre de Séraphin apparu en 1772.
S’adressant aux adultes comme aux enfants, ce théâtre d’ombres au répertoire varié et gai rencontra rapidement un grand succès surtout auprès des bourgeois, au point que Séraphin dû se doter d’un jeu portatif lui permettant de donner des représentations aussi bien en ville qu’à la campagne.
Parallèlement, Séraphin donna des spectacles de marionnettes au Palais-Royal, où dès 1784 son fameux Polichinelle y fit son entrée en 1797.
Ses marionnettes se singularisent par leur élégance, la richesse de leur costume, la grâce et leur jeu. Guillemain composa les couplets chantés par Polichinelle.

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La collection du musée détient aussi des marionnettes provenant de Sicile précisément, qui développa au début du XIXe siècle, la tradition des pupi siciliani. Ces poupées représentent pour la plupart des chevaliers, des héros inspirés des chansons de geste médiévales et plus particulièrement de la Chanson de Roland. Ce répertoire peut surprendre dans cette partie de la Méditerranée, mais il est en fait l’expression d’un imaginaire collectif très marqué par la domination normande en Sicile au XIIe siècle. Ainsi, l’opera dei pupi sicilien ou napolitain, s’apparente au « style troubadour », il est l’expression d’un monde chevaleresque, dans lequel les tournois côtoient les épisodes merveilleux, interprétant librement l’épopée de Charlemagne. Il évoque l’amour de la terre natale et exalte le sentiment religieux dans des épisodes de lutte opposant les Chrétiens et les Sarrasins. Les ingrédients incontournables de ce théâtre sont naturellement les aventures, les combats, la magie, l’amour courtois et l’héroïsme.
Ces marionnettes à tringle mesurent entre 80 et 120 cm, et peuvent peser jusqu’à 40 kg ! Un fil passe dans la tête et le cou des pupi pour relier ensuite les épaules. Les têtes et les corps sont interchangeables de sorte que, quand un personnage quitte la scène, il est souvent démantelé pour en représenter un autre dans la scène suivante. Revêtant de luxueuses armures métalliques aux couleurs vives et chatoyantes, les paladins se livrent des combats dans une danse rythmée par les cliquetis, qui enthousiasme le public. Lors des combats, les protagonistes peuvent être décapités, coupés en deux, grâce à des manipulations produisant des effets de scènes spectaculaires.
Roland, neveu de l’empereur, est un guerrier valeureux. Son seul défaut est son strabisme ! qui peut-être contrarie ses amours. Cette forme de théâtre connaîtra son apogée dans les années 1860.
Consulter sur ce thème l’ouvrage :  Les marionnettes siciliennes qui présente ces fameuses marionnettes.

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Le musée recèle d’autres pièces rares, notamment des personnages issus du théâtre populaire turc d’ombres de  Karagheuz. Karagheuz ou Kara-Göz signifiant « œil noir » en est le héros. Doté d’un grand cœur, il est cependant insolent, paillard, rusé et vantard.
Affublé d’une grosse tête sur un petit corps bossu, le nez large et déformé, une barbe noire et un air féroce, il ouvre traditionnellement le prologue en exécutant des cabrioles, parfois grossières, souvent très libres.
Les autres personnages sont généralement bien plus grands et plus gros que lui. Leurs silhouettes sont toutes taillées dans du cuir translucide, teinté de couleurs vives. Une tige de bois fixée perpendiculairement sur une des épaules, permet de déplacer le personnage derrière un écran où se trouve l’éclairage. Ce théâtre d’ombres turc est représenté tant en ville qu’en milieu rural depuis le XIVe siècle.
Le répertoire de ses pièces quelques fois obscènes, reste limité. Actuellement, ce théâtre s’est presque éteint de partout. Il n’est plus du tout joué en Turquie, mais peut encore être vu en Grèce et dans le nord de l’Afrique.

La dimension internationale de cette collection se traduit encore par la présence de bien d’autres pièces, notamment de plusieurs jeux vénitiens du XVIIIe siècle, de marionnettes liégeoises, de la célèbre marionnette anglaise old mother Shipton, d’un jeu de marionnettes javanaises wayang-kulit copiées en 1850 d’un jeu plus ancien (remontant à l’an mil environ) ou les wayang-golek un autre jeu javanais de 50 pièces (datant du XVIIIe siècle) d’Indonésie.

Le musée conserve également des sou-kiang chinois, silhouettes du théâtre d’ombres, de nan luong appartenant au théâtre d’ombres thaïlandais, du bunraku-za japonais, samouraï à expression guerrière et costume chatoyant, des marionnettes à fils du Togo, des marionnettes articulées malgaches issues ou encore de Tibi, héros populaire des marionnettes contemporaines du théâtre argentin.

Ressources sur la marionnette

Un désir de modernisation accompagne la réflexion sur la rénovation du Musée Gadagne. Elle se traduit par la présence des technologies au cœur du musée : captations de spectacles, projections de vidéo, recours aux pupitres tactiles, adoptions de nouvelles formes de présentations interactives : les visiteurs pourront télécharger gratuitement l’audioguide en MP3, avec une version spéciale pour les enfants, comprenant des énigmes et des enquêtes. Certaines salles présenteront des films en 3D. Enfin, les animations proposées au public comprendront des jeux de plateaux "collaboratifs" dans lesquels les enfants et leurs parents pourront se placer dans la position de leurs ancêtres...


L’enjeu de mutualisation des ressources transparaît à travers les liens tissés dans le réseau muséal de Lyon en vue de compléter et d’approfondir les connaissances sur la ville : Musée Gallo romain, Musée des Beaux Arts, Centre d’Art Contemporain, Musée historique des Tissus, Centre d’Histoire de la Résistance, Villa du cinéma Lumière, le Musée de l’imprimerie. Il est en partenariat constant avec les institutions de recherches, les associations patrimoniales comme la Renaissance du Vieux-Lyon, l’ALPARA (Association de liaison pour le patrimoine et l’archéologie en Rhône-Alpes et en Auvergne) et les nombreuses sociétés savantes.
Il est le siège notamment de la société des Amis du musée Gadagne et de La Société des Amis de Guignol. Cette association, créée en 1913 a pour objectif de préserver et d’enseigner les traditions lyonnaises, en particulier le parler local, l’histoire de Guignol, ainsi que la promotion de son théâtre, à travers des spectacles, des conférences, des publications, notamment son Bulletin qui propose toutes sortes de textes sur le thème de Lyon.

Par ailleurs, si vous êtes intéressés par l’art de la marionnette, nous vous proposons deux revues consacrées à la l’actualité des spectacles et des créations dans cette discipline :

-    Manip : le journal de la Marionnette, qui a débuté en 2005, succédant à la Lettre d’information Themaa (2000-2004)

-    Omni : le journal du Théâtre de la Marionnette à Paris, qui a démarré à l’automne 2005.

Enfin, le Portail arts vivants de la Médiathèque de Vaise, à travers sa rubrique marionnette dans les pages Ressources, informe les internautes sur les nombreux documents disponibles à la Bibliothèque municipale de Lyon sur le sujet.



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theatre marionnette
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