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Universités au bord de la crise de nerf
L’enseignement supérieur a été doté en 2007 d’un budget de 23,7 milliards d’euros. On compte un peu plus de 2,2 millions d’étudiants en France, encadrés par 90 000 enseignants.
Le système universitaire en vigueur aujourd’hui est remis en cause par un grand nombre d’enseignants, de chercheurs et d’étudiants en raison de son évolution orientée avant tout vers la rentabilité de la recherche. Les critiques sont portées contre la diminution des investissements publics et, parallèlement, contre la place de plus en plus importante accordée aux entreprises, mais aussi contre le sous-encadrement des étudiants et la contractualisation de la recherche.

Savoirs à vendre. L’enseignement supérieur et la recherche en danger, Raisons d’agir éditions.
Un état des lieux clair et net de la situation universitaire actuelle, même si le livre date de 2004 ! L’enseignement supérieur français va mal. Le mouvement des chercheurs, les grèves des universitaires, les manifestations des étudiants en sont les indices les plus visibles. L’Université est d’abord menacée par le manque de moyens : la France ne consacre à l’enseignement supérieur que 1% de son PIB contre 1,7% en moyenne dans les pays de l’OCDE.
Christian de Montlibert, sociologue et professeur des universités, ajoute à son constat la juxtaposition d’établissements de tailles très diverses et la diminution de l’autonomie de la recherche, de plus en plus soumise à des contrats de recherche.
La critique et le malaise sont unanimes, même s’ils ne se traduisent pas toujours dans les mêmes termes. L’insatisfaction a aussi gagné les présidents d’université eux-mêmes, comme en témoigne Pierre Lunel, ancien président de l’université Paris 8 Vincennes Saint-Denis.

Fac, le grand merdier, A. Carrière
Déplorant l’immobilisme qui règne dans le milieu universitaire, Pierre Lunel met davantage en cause la faiblesse du niveau de recrutement des étudiants français te l’impossibilité pour l’université d’offrir de véritables débouchés professionnels.
Les économistes qui se sont intéressés à la question universitaire font apparaître les mêmes constats, mais situent l’enjeu essentiellement sur le terrain de la compétition internationale entre établissements. De même, un consensus se dégage parmi eux pour considérer comme indispensable l’autonomie des établissements.

Universités : nouvelle donne, dir. Jean-Paul Pollin, Descartes & Cie
Les membres du Cercle des économistes, à l’origine de ce livre, considèrent que les récentes réformes menées à l’universités n’ont pas été conduites jusqu’au bout : il reste bien du chemin à parcourir pour parvenir à un système d’enseignement supérieur et de recherche digne de notre pays et compétitif par rapport aux pays étrangers.
La loi relative aux libertés et responsabilités universitaires, dite loi LRU datant d’août 2007, a mis en place deux mesures principales : l’autonomie budgétaire des établissements, l’autonomie de gestion des personnels universitaires et la gestion autonome des biens immobiliers. Le ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche explique sur son site quelles sont les principales avancées dues à cette loi mise en place par la ministre Valérie Pécresse.
Le malaise ne date pas seulement de 2007 !

Le livre coordonné par Bertrand Geay, sociologue à l’université de Poitiers, met en lumière le mouvement né au printemps 2006 chez les étudiants et lycéens français, à la suite de l’annonce de la création des CPE ("contrat première embauche"). Soutenu par les syndicats, cette "révolte de la jeunesse", comme la nomme Bertrand Geay, a obtenu le retrait de l’article instituant le CPE de la loi dite "pour l’égalité des chances".
La longue grève universitaire de 2009 a uni les étudiants et les enseignants-chercheurs, hostiles aux profondes modifications apportées à leur statut.
Du côté de tous ceux - et ils sont nombreux !- qui ne se satisfont pas des réformes ministérielles actuelles, les propositions ne manquent pas pour donner un sens nouveau à l’évolution de l’université. Ainsi, parmi les réactions récentes, la revue du Mauss (Mouvement anti-utilitariste dans les sciences sociales) lance dans son n° 33 (mai 2009) un Manifeste pour refonder l’université en forme de pétition : Il est désormais évident que l’Université française n’est plus seulement en crise. Elle est, pour nombre de ses composantes, à peu près à l’agonie.
A lire, sur le site de la revue, l’article de François Vatin : Aux sources de la crise universitaire : inflation et déflation
Réformer le recrutement des universitaires, un article de Alain Caillé, Pascal Michon, François Vatin.
Le Monde diplomatique s’est régulièrement fait l’écho des grèves universitaires de 2009. A lire, entre autres, l’article de Laurent Bonelli, Quand on cherche, on trouve, et celui de Pierre Jourde, intitulé L’Université féodale de demain. Laurent Bonelli est sociologue à l’université Paris 10-Nanterre, Pierre Jourde enseigne la littérature à l’université Grenoble 3.

Université : la grande illusion, sous la dir. de Pierre Jourde, L’Esprit des péninsules
Si les livres abondent sur l’école, ils sont rares sur l’Université, en dépit de la masse croissante des étudiants et de la gravité des problèmes. Le public ignore toute l’étendue de la ruine de l’enseignement supérieur. On refuse de voir à quel point la lassitude et l’écoeurement se sont généralisés parmi les universitaires. On méconnaît l’absurdité du déluge de réformes qui se déverse sans interruption sur l’Université depuis des décennies, le délabrement des locaux, l’absence de débouchés pour les étudiants, le clientélisme croissant qui, sur l’alibi de l’autonomie des établissements, transforme les recrutements en promotions locales. L’Université, en France, n’est plus qu’une façade. Cet ouvrage réunit quelques vigoureuses réactions d’universitaires face à cette situation. Ils appartiennent à des établissements d’enseignement supérieur divers, et à différentes disciplines, de la littérature à la médecine et du droit aux mathématiques.

Quel avenir pour nos universités ? Essai de politique universitaire, Timée-Editions
Alain Renaut enseigne la philosophie politique et l’éthique à la Sorbonne. Il est l’un des membres de la commission Schwartz qui a rendu un rapport en juin 2008 sur l’avenir des personnels de l’enseignement supérieur. Son livre propose un tour d’horizon de l’évolution de l’université, essentiellement au XXè siècle face à l’arrivée d’étudiants en grand nombre, et insiste sur le rôle de formation que l’université doit accomplir : professionnalisation et meilleure orientation doivent consolider la formation universitaire.