![]() |
un cycle de conférences : Histoire et mémoire
Révolution sur la mémoire

La mémoire, nécessaire, selon Pascal, « à toutes les opérations de l’esprit », correspond autant à la fonction cérébrale permettant de capter, coder, conserver et restituer des informations qu’au patrimoine mental assurant la cohésion d’un groupe ou d’une société. Aussi la mémoire est-elle plurielle et nous ne pouvons parler de mémoire mais bien des mémoires : mémoire individuelle ou collective, sensorielle, sémantique, à court terme ou à long terme, mémoire du passé révélant le présent, présent reformulant le passé... La mémoire présente donc plusieurs facettes et, désormais, toutes les approches méritent d’être explorées. Des neurosciences à la psychanalyse en passant par la littérature ou l’histoire, la mémoire est un élément central pour comprendre la condition humaine.
Ecrire le temps, par des jeux de ruptures, de discontinuités narratives... le temps, sans signe de durée. Le souvenir, celui, rendu célèbre, de la madeleine de Marcel Proust, faisant revivre l’espace d’un instant le temps perdu. Sans nul doute les mouvements du temps et de l’écriture présentent de nombreuses analogies. L’écrivain est sans cesse amené à s’interroger sur le souvenir, à faire revivre le passé, le sien mais aussi celui des autres, à croiser expériences historiques et individuelles. Le langage permet de faire revivre le monde à travers des lieux, des sensations, des visages ou des objets disparus ; il est le reflet des troubles, des manques, des silences. La narration joue avec des réalités qui coexistent avec la fuite du temps.

O ma mémoire : la poésie ma nécessité, de Stéphane Hessel, Seuil, 2006.
En assemblant un corpus de quatre-vingt huit poésies apprises par cœur et jamais oubliées, Stéphane Hessel souhaite transmettre au lecteur le plaisir de la récitation et faire partager les joies que procure la mémorisation de ces poésies françaises, anglaises et allemandes.

Cafés de la mémoire, de Chantal Thomas, Seuil, 2008.
La mystérieuse flamme de la reine Loana, d’Umberto Eco, Grasset, 2005.
Depuis les deux dernières décennies du vingtième siècle, l’attention portée à la mémoire s’est considérablement accrue et les controverses ne cessent d’augmenter autour d’une récupération partisane. Désormais, tout apparaît comme un « devoir de mémoire » : des commémorations aux lois mémorielles, le passé est fréquemment invoqué en tant que processus rendant possible la construction d’une identité et la compréhension du présent. Si le devoir de mémoire semble être une composante de la citoyenneté et permet de prendre conscience d’appartenir à une communauté, il ne faut pas pour autant oublier qu’il pourrait être dangereux de l’instrumentaliser à des fins partisanes. Depuis le célèbre ouvrage de Pierre Nora, Les Lieux de Mémoire, de nombreux historiens ont réfléchi sur l’appréhension de la mémoire afin de tendre vers une plus grande objectivité et éviter ainsi l’écueil d’une mémoire qui ne serait qu’orientée, pensée uniquement à partir du présent.
Dossier Repère, Histoire et mémoire
En complément du dossier :
Quel bruit ferons nous ?, d’Arlette Farge, les Prairies ordinaires, 2005.

L’ouvrage d’Arlette Farge est un plaidoyer pour les classes marginalisées silencieuses. En effet, selon Philippe-Jean Catinchi (Le Monde, 1er avril 2005), l’auteure exprime « une révolte sourde contre le savoir lisse », contre toutes les histoires non ébruitées. L’antagonisme entre les élites, les « visages dominants » et les classes populaires doit être défié voire même combattu. Pour ce faire, Arlette Farge se met en quête d’une écriture historique engagée, donnant la parole aux oubliés, seule manière, selon elle, de mieux transmettre l’histoire et de comprendre les rapports avec la politique.

La hantise du passé, d’Henry Rousso, Textuel, 1998.
Les neurosciences, soient les sciences nécessaires à l’étude de l’anatomie et du système nerveux, dont le cerveau, connaissent depuis une trentaine d’année un intérêt croissant. On perçoit, en effet, une véritable volonté d’étudier le fonctionnement du cerveau et d’inclure tout autant, dans les travaux scientifiques, l’influence de l’environnement, du milieu extérieur que le programme génétique. L’observation entre le processus émotionnel et les différents systèmes de neurones conduit à une meilleure connaissance du « monde intime » de la pensée, des affects ou de la mémoire. Cependant, notre savoir demeure encore bien imparfait et, alors que l’espérance de vie ne cesse de s’allonger et que le vieillissement de la population augmente, les réflexions sur le cerveau deviennent de véritables enjeux. En effet, les troubles de la mémoire, les amnésies, les maladies neurodégéneratives telles celles de Creutzfeldt-Jacob, Huntington, ou encore du Parkinson croissent en même temps que la population vieillit. On compte actuellement 500 000 personnes atteintes par la maladie d’Alzheimer et ce chiffre risque encore de s’amplifier dans les prochaines années. Aussi importe-t-il de parfaire les études consacrées au système nerveux afin de trouver une solution à cette détérioration du fonctionnement des cellules nerveuses.

Biologie de la mémoire, de Georges Chapoutier, Odile Jacob , 2006.
À la recherche de la mémoire : une nouvelle théorie de l’esprit, d’Eric Kandel, Odile Jacob , 2007. 

Le cerveau intime, de Marc Jeannerod, Odile Jacob, 2005.