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le 25 novembre La sainte Catherine : une fête à redécouvrir
Les Catherinettes, don’t forget !
25/11/2009
Le culte de Ste Catherine d’Alexandrie se répandit à l’époque des croisades, en Italie. De là, il passa en France. Le monastère bénédictin de la Trinité-au-mont près de Rouen aurait reçu dès le XIe siècle des parcelles de ses reliques. Du XIIe jusqu’au XVIIIe siècle, la Sainte Catherine célèbre les "jeunes filles à marier" et les "vieilles filles", le 25 novembre. Au XIXe siècle, elle se rencontre toujours dans les campagnes françaises. A partir du début du XXe siècle, la fête rurale tend progressivement à disparaître, alors qu’en ville, elle se développe, glissant progressivement d’un rituel paysan et collectif, celui des vierges, à un rituel urbain plus individualisé, celui des catherinettes. Aujourd’hui en 2009, qu’en-est-il ?




Deux "sainte Catherine"

Catherine d’Alexandrie : fille du roi Costos d’Alexandrie, Catherine avait décidé de vouer sa vie à l’étude. Sachant que le mariage la détournerait de cette voie, elle avait exigé de n’épouser qu’un prince aussi beau et savant qu’elle. Personne ne se présenta...sinon l’ermite Ananias, qui lui révéla que la Vierge Marie lui procurerait le mari idéal. Marie lui apparut en effet avec l’Enfant Jésus, dont la vue subjugua l’érudite. Elle accepta aussitôt, mais l’Enfant,dont le consentement était nécessaire, la déclara trop laide. Baptisée, instruite dans l’humilité chrétienne, Catherine put devenir l’épouse du Christ et la patronne des vierges désespérément sages.

 Sainte Catherine d’Alexandrie.Le mythe et la tradition de René COURSAULT, Maisonneuve et Larose
-  L’auteur a rassemblé les plus anciens témoignages de culte à cette sainte et évoque l’extraordinaire iconographie la représentant. Cette iconographie est d’autant plus riche que Sainte Catherine était honorée dans tous les pays d’Europe et du Moyen-Orient. De nos jours encore, dans la plupart des pays d’Europe, la fête de Sainte Catherine est l’objet de nombreuses manifestations populaires traditionnelles

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sainte catherine d’Alexandrie





Les principales couleurs associées à Sainte Catherine d’Alexandrie sont le blanc, expression de sa virginité, le vert qui symbolise les doctes et enfin le rouge, couleur de son martyre.





Catherine de Sienne : "fille de teinturier, qui refusa elle aussi de se marier, mais qui put vivre son célibat dans l’ordre dominicain. Ses admirateurs nommés caterinati, ne sont pas sans rappeler le terme de « catherinettes » qui désignera plus tard les jeunes célibataires de vingt cinq ans." (Extrait de  Histoire du célibat, par Jean-Claude BOLOGNE, Fayard

"Vers 1580, personnage principal de cette fête de village, un jeune homme exécute une danse devant une foule composée presque exclusivement de jeunes femmes toutes revêtues de coiffes blanches".

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Danse des catherinettes

La Catherinette , reine d’un jour !

Naissance de la Catherinette

A la fin du XIXe siècle , une nouvelle figure est née : la "catherinette". C’est en 1882 qu’est attesté le sens de jeune fille célibataire, âgée de vingt-cinq ans, qui coiffe sainte Catherine .Dans le Larousse de 1948, le terme de Catherinette désigne une "jeune modiste" "jeune couturière" qui coiffe sainte catherine l’année de ses vingt-cinq ans
Dans la presse parisienne l’emploi du terme se fait plus prégnant au début du XXe siècle et suit en cela l’essor progressif des festivités.
Durant ces mêmes années"les catherinettes" devient l’expression générique pour qualifier toutes les couturières qui fêtent leur sainte patronne. Que se cache-t-il derrière ce terme apparemment désuet, finalement galvaudé ?

Portrait d’une femme moderne

Le portrait de la catherinette est loin de celui de la vieille fille, sa parente historique. Bien que les stéréotypes persistent , son portrait est plutôt celui d’une figure ambivalente dont les contours sont suffisamment flous pour laisser la porte ouverte aux préférences, laisser libre-cours à l’imagination.
A Paris, ce qui est sûr, c’est qu’elle est très vite placée du côté des midinettes, des ouvrières de l’aiguille et, plus largement, de toutes les jeunes Parisiennes qui travaillent. D’ailleurs son ascension corespond à celle du milieu de la mode...La constante de ce portrait : le célibat.
La catherinette est une célibataire en quête de l’âme soeur ,du moins d’un compagnon. La Sainte Catherine apparaît comme une porte de sortie, celle qui aidera à la rencontre mais les circonstances ne sont pas toujours propices à son aboutissement : les amoureuses abandonnées choisissent par dépit le renoncement à la vie conjugale.

Pendant la guerre de 14-18 , l’absence des hommes partis au front transforme les jeunes femmes en "catherinettes forcées"
Communes et parfois romancées, ces histoires font résonner toute l’importance sociale du mariage dans la société française. La Sainte Catherine appartient à ces rituels qui préparent au mariage ou qui sonnent la fin de son possible.

La Sainte Catherine se présente également comme un enterrement de vie de jeune fille, un "adieu à la vie de garçon à l’usage des jeunes filles". Ce rite de passage marque alors l’obligation de tirer sa révérence à sa vie passée, aux amours perdus. Et pour les catherinettes qui se prêtent à ce jeu-là et adhèrent à cette interprétation, l’avenir a quelque chose d’amer et de bien redoutable. Le travail vient pallier le manque affectif.
Toutefois , toutes ne se reconnaissent pas dans cette vision sociale de l’existence..Elles ont choisi un autre mode de vie , sans époux mais parfois avec un amant ou un concubin.
Au début du XXe siècle des féministes revendiquent déjà l’art d’assumer son célibat. La sainte Catherine n’y change rien.
Demoiselles des PTT, dactylographes, couturières, modistes, vendeuses...elles sont des générations de femmes que le travail a émancipées, de femmes plus libres,qui ont des amies avec qui elles sortent, qui choisissent leurs fréquentations, qui savent s’amuser collectivement, comme il se doit le 25 novembre.

Coiffer Sainte Catherine !

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les catherinettes en fête

Les différents chapitres du livre de Anne MONJARET,  Les Catherinettes en fête, nous éclairent sur cette fête :

"Le bonnet", un signe distinctif : pas de Catherinettes sans un bonnet vert et jaune, signe et attributs distinctifs. A Paris, au début du XXe siècle, seule la catherinette porte le bonnet de dentelle, accompagnée de ses comparses,couturières ou modistes, affublées de coiffures originales mais distinctes de la sienne".
Les cartes postales se parent également de ce motif. Unique en tissu de couleur pastel, le bonnet se retrouve classiquement coiffant une charmante jeune femme. De jolis écrits l’accompagnent. Au verso de ces cartes se trouvent des mots d’amitiés, les voeux d’une rencontre, au recto plutôt des prières ou des commandements qui rappellent les avertissements familiaux.

"Si,à 25 ans,époux n’avez. Alors il faut vous résigner Sainte Catherine l’a décidé le bonnet il faut coiffer et devant elle confesser tout ce que fut votre passé".

A la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, il s’apparente plus généralement à une coiffe régionale et surtout à une coiffe de mariée en dentelle ou en tulle, aux bords froncés, agrémentés de noeuds verts et jaunes, et de brins de fleurs d’oranger. Les thèmes du bonheur et de la rencontre sont des classiques du genre. "Les amoureux de Peynet" en sont l’illustration parfaite car à partir des années 1950, ils sont repris comme ornement des chapeaux et déclinés suivant l’inspiration des créatrices.

Les petites et grandes actualités sont d’autres sources d’inspiration, moins convenues mais plus prisées et sans aucun doute plus surprenantes. Jusque dans les années 60, elles se retrouvent illustrées sur les chapeaux. Les ouvrières montrent de cette façon qu’elles s’y intéressent, qu’elles ne sont pas incultes, mieux qu’elles en proposent une lecture.

Même si toutes ces représentations conservent le bonnet comme référent, en réalité, celui que portent les catherinettes prend progressivement l’allure d’un chapeau, perdant les formes de la charlotte initiale pour acquérir celles d’un couvre-chef librement ornementé. Selon les circonstances ce chapeau est signe de convenance ou signe de disponibilité, continûment signe de mode et, symbole féminin par excellence, il sied parfaitement aux catherinettes et à toutes les ouvrières de l’aiguille, célibataires ou mariées, jeunes ou plus âgées.
Toutes ces raisons expliquent son succès. Le jour de la fête, les ouvrières portent joyeusement des fantaisies sur leur tête (chiffons gros noeuds, papiers colorés et plissés), s’amusent à créer de véritables oeuvres d’art..

Toutefois, au cours du siècle, le regard évolue et les idées progressistes s’énoncent sans ambages.
En 1927 dans la Fronde (quotidien féministe fondé en 1897), nous pouvons lire qu’autrefois le bonnet était une sorte de coiffure de deuil alors qu’aujourd’hui, il n’en est plus rien.

Les femmes peuvent vivre indépendantes grâce à leur travail et choisir le mari qui leur plaît. Selon leur conviction, ces reines jouent le jeu avec plaisir ou réticence, le chapeau qu’elles arborent les distinguant ou les stigmatisant. Si le sens donné à cet objet rituel évolue, sa forme plastique aussi.

Du bonnet au chapeau, un objet témoin de notre histoire

-  Suivre les ornements de ces chapeaux permet de suivre l’histoire des événements marquants nationaux et internationaux..

Petite chronologie historique !
En 1932, l’accession de Franklin Roosevelt à la Maison Blanche ne laisse pas indifférent, elle a inspiré des coiffures anti-prohibitionnistes : "prohibition", "Mercure dans la débine".

En 1937, en dehors de L’Exposition universelle, ce sont les revendication et les acquis sociaux qui sont à l’ordre du jour : "nos loisirs", "40 heures", "la maternité", "solidarité ouvrière"...sont les inscriptions exhibées.

En 1939, des chapeaux sont ornés d’un navire de guerre recouvert de voilette ou d’un tank avec un hortensia, ou encore de lanterne s’allumant par intermittence.

En 1940, les cartes d’alimentation font leur apparition.

En 1942, le bonnet est orné de la francisque, symbole du gouvernement de Vichy ou de tickets, symbole du rationnement. Les coiffes régionales sont alors très prisées.

En 1944, à la Libération, la "croix de Lorraine", le "débarquement", l’"arc de triomphe de l’Etoile entouré de jeeps" sont les thèmes favoris, brandis aux côtés de l’"Uncle Sam" qui rappelle la présence américaine.

Fêter Sainte Catherine

-  De l’église à l’entreprise !

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SteCatherine

Chaque année, le 25 Novembre, à Paris dans le deuxième arrondissement, règne une atmosphère de fête. En effet, les catherinettes, venues des écoles de mode parisiennes, sont nombreuses à se rassembler. C’est d’abord, à l’église, une cérémonie haute en couleurs où la variété des "coiffes", originales, sages, provocatrices ou raffinées, contraste avec la douceur qui se dégage du mariage jaune/vert. Après la bénédiction finale, un cortège se forme en direction de la statue de la sainte qui orne l’angle des rues des Petits-Carreaux et de Cléry. L’échelle des pompiers est dressée, attendant que quelques-unes des catherinettes montent jusqu’à la statue, non sans quelque appréhension, pour poser la couronne sur la tête de la sainte. Clameurs et applaudissements accompagnent et encouragent chacune des catherinettes.

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 La Sainte Catherine. Culture festive dans l’entreprise de Anne Monjaret, Editions du C.T.H.S.
-  le 25 novembre se célèbre aussi sur les lieux de travail féminin : dans les ateliers les couturières vénèrent leur sainte patronne, tandis que les employés ne manquent pas de coiffer d’un chapeau vert et jaune leur collègue catherinette , célibataire agée de vingt-cinq ans...

-  Aujourd’hui, malgré de nombreux aléas, la Sainte Catherine ne s’est jamais éteinte . Elle est restée la fête des catherinettes ; elle est même parfois devenue, dans d’autres secteurs que celui de la mode une fête d’entreprise . A ces festivités professionnelles organisées dans la discrétion des ateliers et des bureaux, s’en ajoutent d’autres, publiques mais là encore le contexte a changé ; ce sont les boîtes de nuit qui ont pris le relai des bals populaires...

A travers elle, c’est l’histoire des femmes dans leur marche laborieuse vers l’émancipation, une histoire sociale de la femme qui est évoquée.

Le 25 novembre, c’est aussi (est-ce un hasard ?) la Journée Internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes. N’oubliez pas !



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