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Comment parler de ce livre dérangeant et absolument époustouflant sans le déflorer ? Exercice difficile ...
Tout commence lorsque Raphaëlle, placée dans une maison de retraite huppée par sa fille impatiente de mettre la main sur son appartement et ses comptes bancaires, relate dans son journal la façon dont se déroulent les journées dans ce « mouroir » de luxe. Très vite, la vieille dame coquette et avisée a percé à jour les rivalités, les amitiés et les haines qui lient les pensionnaires et le personnel de ce manoir. Elle-même reste prudemment en retrait jusqu’à sa rencontre avec Céleste, écrivain excentrique qui passe ses journées enfermée dans sa chambre à jouer à la console vidéo, et avec Hector, vieux communiste marseillais qui, ayant gagné au Loto, a décidé de finir ses jours dans un endroit « classe ».
En lisant ce premier récit, on a l’impression de lire une critique sociale assez classique, mais quand on attaque le second, celui de Céleste, l’écrivain, on commence à se douter que la réalité assez peu reluisante de cette première partie n’est peut-être pas aussi simple qu’il y paraît. Et cette suspicion ne cesse d’enfler au fur et à mesure que l’on progresse dans le roman, découvrant successivement les récits de Ludovic, l’aide-soignant, puis de Dorlhac et finalement de Witold, ce dernier sonnant un peu comme un coup de tonnerre inattendu dans un ciel pourtant bien chargé d’électricité.
Et Rhésus, alors ? Qui est ce singe improprement nommé qui fait irruption dans le récit et dans cette maison de retraite, bafouant sans vergogne les lois de la raison et du raisonnable ?
Quand le quatrième âge décide de faire fi des convenances, de l’âge et de ses inconvénients pour vivre avec rage et passion ses dernières années, il devient un adversaire inattendu, redoutable et sanguinaire de l’ordre public.
Accrochez-vous bonnes gens, Héléna Marienské met le feu aux poudres avec ce roman décapant, satirique, sophistiqué, cruel et étrangement lucide sur ce que notre société fait subir à ses vieux, et sur ce que nos vieux pourraient faire subir à la société s’ils venaient à se rebeller.
Les curieux pourront lire sur le site Evene une interview très intéressante de ce jeune auteur prometteur qui signait là son premier roman, et qui a depuis commis un recueil de pastiches intitulé
Le degré suprême de la tendresse, édité chez Héloïse d’Ormesson.