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Nicolas Poussin s’installe à Lyon
28/03/2008
Depuis le 15 février 2008 les Lyonnais peuvent enfin aller découvrir au Musée des beaux-arts de Lyon un joyau : la Fuite en Egypte. Fin d’une aventure dont les médias s’étaient faits largement l’écho. C’est, en effet, une extraordinaire opération de mécénat qui a permis l’acquisition d’une œuvre reconnue d’intérêt patrimonial majeur et son entrée dans les collections publiques. Et, ce qui n’est pas si fréquent, ce n’est pas cette fois-ci dans un musée parisien que l’œuvre est déposée définitivement, même si le Louvre s’est associé à cette opération collective.


Sur le site du Musée des beaux-arts : de nombreuses pages dédiées à L’Evénement Nicolas Poussin

Epopée du tableau

En 1657-1658, « la Fuite en Egypte » est commandé par Jacques Sérisier négociant en soie lyonnais. Installé rue Saint-Martin, à Paris, il entretient avec Poussin une réelle amitié. Paul Fréart de Chantelou, Jean Pointel et Jacques Sérisier sont parmi les principaux mécènes français qui entourent l’artiste et qui lui resteront fidèles toute sa vie. En 1642, Poussin nomme le marchand soyeux exécuteur testamentaire, en même temps que Pointel. En 1647, Sérisier rend visite à Poussin, à Rome. Il servira de relais au peintre pour faire transiter ses toiles par Lyon, entre Rome et Paris. Il aurait possédé une dizaine d’œuvres de son ami, mais, peu après sa mort entre 1676 et 1685, cet ensemble fut dispersé et, pendant trois siècles la Fuite en Egypte ne sera plus connue que par des gravures dont 3 sont présentées à l’exposition.
L’œuvre si longtemps portée disparue est retrouvée dans une vente aux enchères à Versailles, en 1986 par les galéristes parisiens Pardo qui devinent l’illustre signature. L’authentification de l’œuvre donne lieu à une bataille judiciaire, longue de quinze ans, qui aboutit à l’annulation de la vente. Le propriétaire qui la récupère dépose une demande d’exportation de l’œuvre, dans l’espoir de la vendre. En 2004, l’Etat riposte alors en classant le tableau « trésor national ». Une décision qui lui laisse un délai de trente mois pour présenter une offre d’achat.

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Nicolas Poussin La Fuite en Egypte

Lyon Musée des Beaux-arts © photo RMN-Gabriel Ojéda

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L’opération de mécénat la plus vaste réalisée en France autour d’une œuvre

Massée autour d’une grande caisse, l’assistance observe un silence de cathédrale. Drapé dans du papier, le tableau est déposé sur une table pour être inspecté, puis accroché, sous une salve d’applaudissements. Gilles Bonnet sourit aux photographes. Ce patron d’un cabinet d’experts-comptables lyonnais vient de s’offrir une publicité inespérée en participant à la plus importante opération de mécénat jamais réalisée en France pour l’achat d’une œuvre.Extrait de l’article  « La Fuite en Egypte » s’arrête à Lyon grâce aux mécènes paru dans La Croix du 15 février 2008

Dés le printemps 2006, un comité de pilotage formé de quelques figures lyonnaises, s’était constitué. La Ville de Lyon, le ministère de la Culture, le musée du Louvre, le Conseil régional Rhône-Alpes rendent possible son acquisition, avec le concours de la Fondation Bullukian et le mécénat de 16 entreprises. Voir l’article  Il faut sauver le soldat Poussin paru dans L’Express du 10 mai 2007

Pour arracher le tableau à la convoitise d’un acheteur américain, il a fallu réunir 17 millions d’euros. Les fonds privés collectés se sont élevés à 15 millions d’euros. Ce trésor national a été acquis grâce au mécénat de, la Fondation d’entreprise Gaz de France, Axa, Total, la Caisse d’Epargne Rhône-Alpes (premier mécène à s’engager financièrement), le Crédit agricole Centre-Est, le Groupe Webhelp, BioMérieux, la CIC Lyonnaise de banque, GL Events, Mazars, SEB, Toupargel, GFC Construction, Siparex, JC Decaux, le Cabinet Bonnet

Le fait que le commanditaire de l’œuvre Jacques Sérisier était un soyeux lyonnais a contribué à la mobilisation des mécènes de la région stimulés par la détermination de Sylvie Ramond, directrice du musée. Les contreparties fiscales font sans doute partie des motivations, mais aussi l’idée de participer à une œuvre citoyenne.

Un autre point de vue sur cette opération dans l’article  Ce qu’on aurait pu se payer avec un Poussin paru dans Lyon mag de mars 2008

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Musée des beaux-arts

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Le Mécénat d’entreprise en France

Jacques Rigaud a présidé durant 28 ans l’Admical, association chargée de promouvoir le mécénat notamment culturel, auprès des entreprises et créée en 1979. Il vient de céder sa place à Guillaume Pepy, le numéro 2 de la SNCF. Des lois ont permis d’encourager le développement du mécénat. Celle de 1987 définit pour la première fois le mécénat sur le plan légal et apporte quelques avancées fiscales. Mais, ce sont les lois de 2002 et de 2003 qui permettent à toute entreprise qui soutient l’Etat dans l’acquisition d’un trésor national de bénéficier d’une déduction de 90 % du montant de son don (dans la limite de 50% de l’impôt sur les sociétés qu’elle verse). Un effort consenti par l’Etat via un manque à gagner fiscal. La culture représente 34 % du mécénat global, soit 340 millions d’euros sur 1 milliard d’euros en 2005 - le reste va à l’humanitaire et au social.

Jacques Rigaud, dans un article publié dans le magazine : Acteurs de l’économie Rhône-Alpes :  Un trésor pour Lyon, de mars 2007 répondait à la question : Le Musée des beaux-arts de Lyon mobilise les entreprises lyonnaises. Est-ce de l’intérêt, de la responsabilité, ou du devoir des entreprises de répondre favorablement ? ....A équipements en transports, communication, scolarité équivalents, c’est la culture qui fait la différence en matière d’attractivité. Regardez comment Lille, Lyon, et d’autres villes de province ont su exploiter, pour leur image, la régénération de leurs infrastructures culturelles ! Et Bilbao, proprement sortie des limbes grâce au musée Guggenheim. Tout ce qui contribue à enrichir le patrimoine d’une agglomération est donc utile aux entreprises qui y exercent. A elles, en retour d’y participer..... . C’est aussi une opportunité pour ces entreprises d’organiser des visites et des opérations publiques, y compris pour les salariés. Les records en la matière sont détenus par AXA et Carrefour qui ont déboursé 11M d’euros pour acquérir respectivement un portrait d’Ingres et 13 dessins italiens de la Renaissance.

Le fait marquant de ces dernières années est l’envolée du nombre de fondations créées par les grandes entreprises, mais aussi par des Pme. Ainsi, à Lyon c’est la Fondation Bullukian qui s’est proposée de jouer les intermédiaires dans cette opération, avec le soutien de l’Admical.

 L’essor du mécénat culturel en France, témoignages et pratiques, Ed. Ministère de la Culture, 2007

 Ce qui motive les entreprises mécènes : philantropie, investissement, responsabilité sociale ?, par Virginie Seghers, Ed. Autrement, 2007
-  L’auteur, consultante, spécialiste du mécénat, a dirigé l’Admical de 1995 à 2002 et animé le CEREC, réseau européen des associations de promotion du mécénat d’entreprise.

Les entreprises, nouveaux mécènes de la culture, article de La Croix du 15 décembre 2006

Nicolas Poussin, un classique moderne

C’est aux Andelys, en Normandie que Poussin naît en 1594. Il part pour Paris en 1612, et travaille aussi en province, notamment à Lyon, mais c’est à Rome qu’il s’installe vraiment en 1624. En 1627, premières commandes prestigieuses, dont la mort de Germanicus qui assurera au peintre réputation et notoriété. En 1640, suite à la demande de Richelieu, Poussin se rend à Paris où on lui confie le décor de grands retables, ce qui ne lui convient pas. Il retourne à Rome en 1642. Le paysage prend de plus en plus d’importance dans sa peinture. A travers des sujets allégoriques, il représente une nature grandiose, qui impose à l’être humain sa loi. Les compositions gagnent en dépouillement, et la figure humaine devient plus sculpturale. Dans les dernières années un tremblement de la main droite le handicape progressivement. Cependant, il conserve une faculté d’invention dans le choix des thèmes, une originalité dans les compositions, et une maîtrise dans la modulation des couleurs et des lumières. Il meurt à Rome en 1665

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Poussin Le repos pendant la fuite en Egypte

St-Pétersbourg (Russie) musée de l’Ermitage © the state Hermitage Museum

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On connaît environ 240 œuvres de Nicolas Poussin. C’est un artiste érudit, imprégné de culture antique. Les sujets qu’il choisit reprennent des thèmes de la religion chrétienne, de l’histoire antique et de la mythologie gréco-latine. « La fuite en Egypte » peinte en 1657 appartient à la période tardive de l’artiste, juste avant le cycle des Quatre saisons, peint pour le duc de Richelieu et exprime toute la sensibilité d’un artiste à l’apogée de son talent.

Il représente aujourd’hui le peintre classique par excellence, mais n’a eu de son vivant ni atelier ni élève. C’est l’Académie royale de peinture, créée à Paris en 1648, qui en a fait un modèle à imiter pour les artistes. Oublié au 18e siècle, il est de nouveau érigé en exemple vers les années 1780 par le peintre David et les néo-classiques. Au 19ème, il est admiré entre autres par Ingres, Delacroix, Cézanne et Degas. Au 20ème siècle, Picasso et les cubistes travaillent d’après ses œuvres. Le peintre britannique Francis Bacon s’inspire de procédés et de figures de Poussin. Tout au long de la carrière de Bacon le souvenir du tableau « Le massacre des innocents II » stimulera son travail. Mais, c’est grâce à la grande exposition organisée au Louvre en 1960 que les scientifiques et le public découvrent ces facettes qui constituent la véritable modernité de l’artiste : son exploration rigoureuse des possibilités picturales qui mènent parfois ses œuvres à la limite de l’abstraction et sa quête permanente d’innovation.
En 1994, au Grand Palais, une exposition est organisée pour célébrer le quatrième centenaire de la naissance de Poussin. Les tableaux et dessins les plus importants étaient rassemblés, certains provenant de Russie des USA, d’Angleterre et d’Allemagne. Voir l’important  catalogue de l’exposition et le  n° hors-série 62, 1994 de Connaissance des arts

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Nicolas Poussin L’Annonciation

Londres, National Gallery © The National Gallery London

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De nos jours, il est considéré comme l’un des représentants de l’art du 17° siècle européen les plus remarquables.

La bibliothèque possède une centaine de livres, articles, vidéos, dvd ayant   Poussin pour sujet

L’article de Wikipédia sur Poussin

Poussin et son œuvre sur ce site


La Fuite en Egypte s’expose et prendra place dans les collections du musée

Une exposition belle et sobre construite autour de cette œuvre majeure de la peinture du 17ème et qui invite le public à un véritable décryptage du tableau. Le thème central de « La fuite en Egypte », qui représente l’exode de Marie et de Joseph pour sauver le christ enfant menacé par les soldats du roi Hérode, d’après le récit de l’Evangile selon saint Matthieu, donne le ton à l’ensemble de l’exposition. Mais, au-delà d’une simple scène biblique, la Fuite en Egypte de Poussin révèle sans doute une méditation sur le destin et le salut de l’homme.

S’inscrivant dans une tradition qui remonte à l’époque romane (12e siècle) de nombreux artistes du 17ème représentent les premières années de la vie de Jésus et de sa famille et, notamment le songe de Joseph, le massacre des Innocents, la fuite en Egypte et le retour d’Egypte.

Outre une dizaine d’œuvres de Nicolas Poussin provenant des plus grands musées européens rassemblées pour l’occasion, le tableau du maître est étudié à travers la présentation comparative de dix autres toiles de peintres contemporains de l’auteur tels que Philippe de Champaigne, Sébastien Bourdon, Jacques Stella ou Le Dominiquin et d’une vingtaine de gravures d’époque (c’est à Rome entre 1624 et 1635 que Poussin côtoie Stella, originaire de Lyon avec qui il partage un profond intérêt culturel et artistique pour le monde antique, on sait que Stella a commandé 5 toiles à Poussin et qu’il a peut-être possédé jusqu’à 13 tableaux de lui).

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L’affiche de l’exposition

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Le tableau prendra place, après le 19 mai 2008 (date de la fin de l’exposition), au sein d’une riche collection de peintures françaises du 17e siècle qui s’est constituée dès les origines du musée. Les principaux peintres contemporains de Poussin y figurent : Simon Vouet, Jacques Blanchard, Nicolas Régnier, Sébastien Bourdon, Stella dont le musée possède neuf peintures et trois dessins, Charles Le Brun. Une place à part est occupée par les peintres lyonnais du 17ème. Les collections du musée sont également riches en peintures des différentes écoles italiennes du 17ème et aussi des chefs-d’œuvre des écoles flamande, hollandaise et espagnole. Le bâtiment qui abrite le musée est lui-même un témoignage important du 17ème siècle français : l’ancien couvent des Dames de Saint-Pierre, encore nommé Palais Saint-Pierre a été construit entre 1659 et 1687.

3 visites différentes sont proposées au public
-  Visite de l’exposition elle-même
-  Poussin et son temps : de Stella à Le Brun
-  L’héritage de Poussin dans les collections du musée des beaux-arts de Lyon
Voir les dates et horaires

 Deux regards sur une oeuvre, La tribune de Lyon du 14 février 2004, n° 114

Poussin sort de sa coquille, articles à lire sur le site ou dans  Le Petit bulletin du 20 février 2008

-  Jacques Stella, un grand peintre de Lyon méconnu, enfin célébré Notre Point d’Actu sur Stella et l’exposition de 2006-2007 organisée par le musée des beaux-arts.

-    Musée des beaux-arts, Lyon : guide, par Dominique Brachlianoff, Christian Briend, Philippe Durey... [et al.], édité en 1998

-    Histoires d’un musée : le Musée des beaux-arts de Lyon, par Nathalie Banel-Chuzeville, Laurence Berthon, Sylvie Bouguet... [et al.], édité en 2005
A l’heure de son bicentenaire, ce livre-album est construit autour de 114 entrées particulièrement significatives dans l’histoire du musée et qui donnent lieu à des commentaires sur les oeuvres majeures qu’il abrite et les évènements qui s’y déroulèrent.

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Musée des beaux-arts

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